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LA COUR A COMPIÈGNE

rouge galonné, culotte blanche et bottes à chaudron ; le tout surmonté du tricorne galonné d'or que l'Empereur et l'Impératrice portaient garni de plumes blanches.

Le droit de s'habiller ainsi pour courre le cerf, représenté par un bouton aux armes impériales, était fort recherché, comme bien on pense. Et sa distribution donnait lieu à certains incidents qui froissaient, je l'avoue, mon esprit, ankylosé, si l'on veut, par les idées militaires. Ainsi, je voyais des sous-lieutenants porter le bouton alors que leur général déplorait l'absence de cet insigne. C'était très anglais sans doute, mais ça me chiffonnait. Du reste, si les Souverains faisaient preuve envers tous ceux qui les approchaient d'une bienveillance et d'une affabilité qu'on sentait sincères et cordiales, leur entourage immédiat interposait entre eux et le reste du monde une de ces barrières invisibles qu'on ne franchit jamais, même avec un bon cheval. Non pas que cet entourage fût impertinent, car alors la barrière fût vite tombée. Il affectait dans l'intérieur du Château, pour les hôtes momentanés des maîtres, une amabilité dont la banalité se traduisait par ce fait, qu'elle expirait au seuil de la porte. Société strictement fermée, ne s'ouvrant que de loin en loin à de rares élus et préférant, dans son exclusivisme jaloux, des étrangers, même sans notoriété, à des compatriotes qui l'eussent gênée peut-être par l'éclat de leurs mérites. Société élégante, mais d'une élégance étudiée ; société distinguée, mais dont les formes valaient mieux que les sentiments et les caractères.

Du reste, je n'avais ni la prétention ni le loisir de l'étudier à la façon de M. de La Bruyère, car, pendant que la Cour était à Compiègne, j'avais obtenu quatre jours de congé pour me marier, et mon voyage de noce avait consisté à ramener ma femme à ma garnison. C'était bien la compagne d'un cavalier, car, comme moi, elle était passionnée pour les longues chevauchées,

et notre lune de miel eut pour dôme la cime jaunissante des grands arbres de l'admirable forêt de Compiègne, que nous parcourions côte à côte sans nous lasser. Ainsi se passa pour moi cet heureux hiver, entrecoupé par les fêtes officielles que la Cour donna aux Tuileries où elle était rentrée. Il y eut, comme d'habitude, quatre grands bals et deux concerts, sans parler des lundis de l'Impératrice, où l'on n'allait qu'en frac et en culotte courte. Les invitations à ces petits bals étaient plus recherchées, parce qu'elles marquaient davantage l'intimité avec la famille impériale. Mais les grandes réceptions étaient réellement plus amusantes. Le luxe et la variété des uniformes leur donnaient un éclat féerique, et puis, on se retrouvait entre camarades; on y faisait des rencontres imprévues et pourtant désirées depuis longtemps, qui amenaient des effusions et faisaient sortir du passé le long cortège des souvenirs.

Au printemps, les chasseurs de la Garde allèrent remplacer, à Fontainebleau, les dragons de l'Impératrice, et ce fut à notre passage à Paris qu'eut lieu la grande revue dont j'ai parlé dans le chapitre précédent, où la Garde entière défila à Longchamps.

J'attendais avec assez d'impatience ma nomination de colonel. J'étais porté le premier sur le tableau d'avancement, en tête de mes cinq collègues, les cinq lieutenants-colonels de la cavalerie de la Garde. Le maréchal Vaillant proposa à l'Empereur de nommer, pour le 15 août, comme colonel de dragons à Lunéville, à la place du baron Ambert, notre célèbre écrivain militaire, promu général de brigade, le lieutenantcolonel Decroix du 2e de cuirassiers. L'Empereur, qui suivait avec attention le travail des nominations dans l'armée, fit remarquer au ministre que Decroix était après moi sur le tableau. « C'est vrai, répondit le maréchal, mais il est plus ancien et plus âgé. — Cependant, reprit l'Empereur, ces conditions d'âge

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