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UN ORDRE DU JOUR

des camps, le même esprit, la même discipline, la même instruction.

« Or, la Garde, comme corps d'élite, doit la première, par ses efforts constants, se maintenir au rang que lui donnent ses anciennes traditions et ses services récents sur les champs de bataille.

« Les Romains, dit Montesquieu, considéraient la paix comme un exercice et la guerre comme une application, et, en effet, les succès obtenus par les jeunes armées ne sont, en général, que l'application d'études sérieuses faites pendant la paix.

« Je ne doute pas qu'officiers et soldats ne s'efforcent de concourir avec zèle au but que je me propose. Je recommande aux uns une sévérité paternelle, aux autres une obéissance nécessaire, à tous la bonne volonté et l'observation rigoureuse de la tenue; car la tenue, c'est le respect de l'uniforme, l'emblème de ce noble métier d'abnégation et de dévouement dont vous devez être fiers.

« N 'oublions pas que tout signe caractéristique de l'armée, à commencer par le drapeau, représente une idée morale, et que notre devoir est de l'honorer.

« Ce camp ne sera donc pas un vain spectacle offert à la curiosité publique, mais une école grave que nous saurons rendre profitable par des travaux soutenus, dont les résultats seraient évidents si jamais la Patrie avait besoin de vous. »

Il était impossible de voir une plus belle réunion de troupes, comme tenue, comme valeur des cadres, comme composition des effectifs en hommes et en chevaux, que celle de la Garde impériale concentrée au camp de Châlons. C'était bien l'idéal d'une petite armée. Aussi, de toute part, les foules accouraient pour assister au spectacle impressionnant de nos exercices que l'Empereur dirigeait en personne, trois fois par semaine. C'étaient ordinairement de grandes manœuvres de com-

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bat qui duraient une bonne partie de la journée, avec une effrayante consommation de poudre, contre un ennemi figuré ou non. Toutes les dispositions étaient prises d'avance, indiquées clairement aux chefs de corps, et les mouvements se déroulaient avec une logique irréprochable et une régularité parfaite. Ces exercices ne me passionnaient pas assez pourtant pour me faire oublier ce qu'ils avaient d'un peu théâtral et de nécessairement conventionnel. J'avais assez fait la guerre pour comprendre qu'ils ne la représentaient que très vaguement, et que toute cette poudre brûlée n'avait guère pour effet que d'amuser le public. C'est, je crois, Charles XII de Suède qui a prétendu, fort justement d'ailleurs, que les exercices de paix ne seraient profitables que lorsqu'il y aurait une balle sur mille coups de fusil, et un boulet sur cent coups de canon. Il est entendu que ce vœu est irréalisable. Mais j'aurais voulu déjà, à cette époque, qu'au moins on laissât plus libre carrière à l'initiative des chefs ; qu'il y eût des surprises, et qu'on ne sût pas d'avance, en partant, qui rentrerait à la fois vivant et victorieux. On appliquait les prescriptions réglementaires, mais on ne découvrait rien de neuf.

En ce qui concerne la cavalerie, une chose me frappait aussi : c'est que, quand nous manoeuvrions avec les autres armes, jamais nous n'exécutions les mouvements compliqués que nous faisions apprendre à nos hommes, dans l'instruction technique de notre arme, c'est-à-dire les évolutions de ligne. Les manœuvres du règlement de 1829, nous les faisions quand nous étions seuls, et sans personne pour nous gêner dans ce jeu de patience et de carrousel; mais dès qu'il y avait même le fantôme d'un ennemi, il y fallait renoncer. Et alors, je me demandais pourquoi on perdait tant de temps à donner à une troupe, dont l'action doit être instantanée, une instruction si compliquée, si difficile à

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