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GRANDES MANŒUVRES

acquérir, si sujette à confusion et qu'on a bien soin de ne jamais appliquer sur le champ de bataille, parce qu'on sait très bien qu'on s'exposerait à transformer sa cavalerie en une salade impuissante d'hommes et de chevaux.

Le général Morris avait, en outre, une marotte : c'était de faire marcher de front ses six régiments, déployés en bataille, et d'en obtenir une uniformité d'allure bien impossible à établir, par exemple, entre nos petits chevaux d'Afrique et les grands chevaux des cuirassiers. C'était la négation d'une règle très importante qui veut qu'on remonte en chevaux de même provenance les régiments destinés à manœuvrer ensemble, afin de les avoir ce qu'on appelle du même pied, c'est-àdire possédant la même vitesse d'allure.

Ce que je dis là n'est pas pour nier l'importance des services qu'a rendus le camp de Châlons, et qui sont considérables. Dans ces vastes solitudes, les manœuvres se développaient sans encombre, les chefs prenaient l'habitude de manier des masses, et les troupes, de leur côté, dans ces grands mouvements d'ensemble, comprenaient mieux le rôle réservé à chaque arme pour concourir au but commun. Malheureusement, on laissait de côté une science délicate, conséquence nécessaire de cette règle essentielle : se diviser pour vivre et se concentrer pour combattre ; la science du cantonnement.

On partait du bivouac, le matin, pour marcher à travers champs. On n'avait donc pas à faire exécuter aux troupes ces marches de concentration, si difficiles à régler, parce qu'elles demandent une précision extrême dans les ordres de mouvement et l'étude approfondie de la topographie des pays; ces marches pour lesquelles il faut tout prévoir à l'avance : l'état des routes, les difficultés qu'on peut y rencontrer; pour lesquelles il faut déterminer les chemins suivis par chaque fraction et par chaque arme, avec assez de précision pour que

jamais la rencontre fortuite de troupes mal guidées n'amène d'encombrement ou de confusion. C'est là, dans un camp d'instruction, l'enseignement le plus fécond pour les états-majors qui donnent les ordres, aussi bien que pour les troupes qui les exécutent.

Si vous prenez, à l'heure actuelle, cent Français, et si vous leur posez cette question : Napoléon III était-il un bon général ? il n'y en aura probablement pas un qui vous répondra affirmativement. Tous vous diront que l'Empereur n'entendait absolument rien à l'art de la guerre. Tous se tromperont, je ne crains pas de l'affirmer. Au camp de Châlons, l'Empereur, qui commandait en chef, ne se faisait aider par aucun des militaires expérimentés qui l'entouraient. Il réglait lui-même l'emploi de la journée, établissait le plan général des grandes manœuvres qu'il dirigeait en personne,, et dictait à son chef de cabinet militaire les ordres détaillés d'exécution, pour les généraux de division et les chefs de service. Pendant toute la journée, on le voyait faire son métier de général devant tout le monde, et on voyait ses aides de camp galoper de côté et d'autre, pour porter de nouveaux ordres, pour rectifier les erreurs commises. Aux yeux de tout le monde, soldats et officiers , il faisait preuve d'une grande connaissance des règles de la tactique, et nous inspirait à tous une réelle confiance dans ses capacités militaires. Voilà la vérité.

Toutes les semaines, une série d'invités arrivait au quartier impérial : maréchaux de France, grands dignitaires ou étrangers illustres. En leur honneur, l'Empereur donnait de grands dîners auxquels, en dehors des généraux, les colonels, et même les lieutenantscolonels, étaient fréquemment conviés. L'un de ces dîners est resté dans ma mémoire, à cause d'une scène assez étrange qui le marqua. A ce moment, c'était peu de temps avant la levée du camp, l'Empereur

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