‹ Mes souvenirsChapitre 111 sur 262 · A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

A FONTAINEBLEAU

ment personne ne serait jamais revenu, si les troupes que nous assaillions avaient eu des balles dans leurs fusils. Puis, les régiments reprirent, par étapes, le chemin de leurs garnisons, et, le 20 octobre, les chasseurs de la Garde étaient rentrés à Fontainebleau. Je recommençai dans la forêt, moins vaste et moins importante que celle de Compiègne, mais plus variée et infiniment plus pittoresque, mes chevauchées quotidiennes, avec l'aimable compagnon de route qui ne devait plus me quitter dans la vie.

Les officiers supérieurs de la Garde avaient l'habitude de profiter du privilège qui leur était concédé, comme à leurs collègues du reste de l'armée, d'aller présenter leurs hommages à l'Empereur, en assistant à la messe, le dimanche, aux Tuileries. On faisait généralement cette démarche à la rentrée de la Cour et à la fin de l'hiver. Nous tenions beaucoup à ce droit, parce qu'après la messe, l'Empereur nous accordait à tous quelques instants d'entretien, en audience publique. La plupart d'entre nous y venaient pour faire acte de déférence, mais quelques-uns en profitaient pour solliciter des faveurs ou exposer des doléances. Dans ces deux cas, l'Empereur demandait une note qui était généralement préparée d'avance, et toujours, à bref délai, l'officier recevait une réponse prouvant que l'Empereur s'était fait rendre un compte très exact de l'affaire dont on l'avait entretenu.

Que de libéralités discrètes ont été ainsi accordées ! Que de réparations légitimes sont sorties de cette audience !

Cette messe du dimanche avait un cérémonial invariable et simple. Les officiers généraux et supérieurs qui voulaient assister à la messe , les personnes de l'ordre civil qui y avaient été invitées, et parmi elles quelquefois des dames, entraient aux Tuileries par le pavillon de l'Horloge, prenaient le grand escalier de

droite et se rendaient dans la galerie qui servait à la fois de vestibule et de tribune à la chapelle. Au premier coup de midi, un huissier ouvrait la porte à deux battants et annonçait : L'Empereur! On voyait arriver un cortège ainsi composé : deux écuyers , les chambellans, les officiers d'ordonnance, les aides de camp, le personnel qui prenait le service de semaine ou le quittait; puis, les grands dignitaires de la couronne, le grand écuyer , le grand veneur, le grand chambellan , etc. , tous en grand costume. Derrière eux, venait l'Empereur, donnant le bras à l'Impératrice, accompagnée de sa dame d'honneur et des dames du Palais. Le maréchal commandant l'armée de Paris et le commandant de la Garde Impériale, en grand uniforme et suivis de leurs aides de camp, fermaient la marche. La Cour entendait la messe soit dans le chœur, soit dans la tribune de la chapelle. L'office était généralement court, excepté pendant le carême, car alors il y avait sermon prêché par différents prédicateurs de plus ou moins de renom. C'est là que j'ai entendu et vu, sous les habits sacrés, un homme très connu, qui a passé du judaïsme dans la prélature et de la prélature dans l'élégance mondaine. Il avait été le confesseur des dames de la Cour, qui le trouvaient très gentil. Je crois qu'après avoir essayé d'expliquer les mystères sacrés, il s'est adonné à l'étude des mystères profanes. On l'appelait Baùer.

Quand l'officiant disait : Ite , missa est, tous les militaires qui avaient assisté à la messe venaient se ranger, par ordre de grade, dans la galerie qui précédait la salle des Maréchaux, et que traversait bientôt le cortège impérial. L'Empereur reconduisait l'Impératrice jusqu'à la salle des Maréchaux et revenait aussitôt, pour donner audience à ses officiers, en commençant par le plus élevé en grade. Un chambellan demandait à chacun son nom et quelques indications

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