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AUDIENCES IMPÉRIALES

rapides, les disait tout bas au grand chambellan qui les transmettait à l'Empereur, au fur et à mesure. On échangeait alors quelques mots avec le Souverain, puis on allait saluer, en se retirant, les deux grands chefs militaires qui assistaient à toute la cérémonie.

Dans les premiers jours de décembre, j'allai ainsi présenter mes devoirs à l'Empereur, qui eut avec moi le petit dialogue suivant :

— Êtes-vous toujours bien aux chasseurs de la Garde ?

— Parfaitement, Sire.

— Ce qui n'empêche pas que vous ne seriez pas fâché de les quitter?

— Je suis aux ordres de l'Empereur.

— Je vous ai promis la première place vacante. Comptez sur moi.

Une poignée de main, mon audience était terminée ; et je me retirai, convaincu que je venais de causer avec le plus grand souverain et avec l'homme le plus spirituel du monde.

Le Moniteur du 30 du même mois enregistrait ma nomination de colonel du Ier de cuirassiers, en garnison à Versailles, en remplacement du colonel de Cambiaire, nommé in extremis général de brigade. J'allais donc me retrouver sous les ordres de mon ancien chef aux spahis, le général d'Allonville, qui commandait la division de cavalerie à laquelle appartenait mon nouveau régiment. Ce qui ne me troublait nullement, quoique je ne fusse point, comme on dit, dans ses petits papiers. Mon remplaçant aux chasseurs, le lieutenantcolonel Cassagne, était déjà arrivé à Fontainebleau, depuis plusieurs jours, sans que ma lettre de service me fût encore parvenue. J'avais, au ministère de la guerre, un ami, le sous-chef du bureau de la cavalerie, qui était l'obligeance même, M. Devilliers. J'allai le voir pour tirer la chose au clair, et je trouvai précisément chez lui le général d'Allonville.

— Vous arrivez bien, me dit le général; justement je m'occupais de vous.

— C'est trop de bonté, mon général, et puis-je espérer de savoir comment j'ai pu éveiller votre sollicitude?

— Voilà : je disais à M. Devilliers que vous n'étiez point fait pour commander un régiment de gros frères. Vous êtes trop jeune, trop actif. Je priais notre ami de vous faire permuter avec le colonel Guérin de Walderback, et de vous envoyer commander le 3e régiment de spahis, à Constantine.

— Je ne puis assez vous remercier, mon général, répliquai-je sans hésiter, de l'intérêt que vous voulez bien continuer à me porter. Mais vraiment, je ne saurais en profiter. D'abord, j'ai pour principe d'aller toujours où m'envoie la fortune. Si elle m'avait expédié en Afrique, j'y serais allé sur l'heure. Mais quitter le commandement d'un régiment régulier, dans une division active, pour aller, volontairement, prendre celui des spahis, où l'action du colonel est à peu près nulle, ce serait faire un aveu d'impuissance. Il n'y a pas dix-huit mois que je suis revenu d'Afrique, après y être resté vingt ans. J'ai donc le droit de profiter des règlements qui autorisent un officier à rentrer en France, après sept années consécutives passées en Algérie. Ce droit, je suis décidé à le faire valoir, et je tiens au commandement du Ier de cuirassiers qui, entre autres avantages, m'offre celui de revenir sous vos ordres.

Le général n'insista pas, et peu de jours après, je recevais ma lettre de service. J'allais quitter Fontainebleau, lorsque j'appris, le soir du 15 janvier, l'épouvantable attentat auquel l'Empereur et l'Impératrice venaient d'échapper, à la porte de l'Opéra, et d'échapper miraculeusement, on peut le dire, quand on songe au nombre de victimes que les bombes d'Orsini avaient abattues autour de la voiture impériale.

Paris et la France, qui ne devaient s'habituer que

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