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UN PARI

donnait de concert avec son cheval, se laisse dépasser par la charge, et, comme les cuirassiers arrivent bien vite hors de portée de la voix, il fait sonner halte! par son trompette d'ordonnance, continue la marche pour son compte, s'arrête devant le général et, le saluant du sabre, lui dit :

— Voilà, mon général.

— Merci, colonel. Follope, tu as gagné tes cent louis.

En rentrant, le général proposa l'admission du lieutenant-colonel dans la gendarmerie. Mais cette arme déplaisait au bon Saint-Vincent. Il avait ce préjugé, de considérer un colonel de gendarmerie comme une sorte d'agent de police.

— Je ne veux pas, disait-il, porter un uniforme qui obligerait les gens à cesser leur conversation, quand je paraîtrais dans un salon.

Il préféra prendre sa retraite.

Mon corps d'officiers contenait peu de sujets destinés à une brillante carrière. Un seul, un sous-lieutenant, sorti de l'Ecole militaire, peu de temps avant mon départ du régiment, est arrivé au grade d'officier général. Je dois cependant faire une exception pour de Neverlée, qui servait sous mes ordres et qui, lui, était destiné par des qualités éminentes aux plus hauts grades. Il était bien un peu écervelé, et je lui infligeais par-ci par-là quelques jours d'arrêt. Mais quel caractère et quel cœur! Il avait dans les veines un sang trop chaud pour languir dans les garnisons. Il lui fallait la guerre, les aventures, le plein air. Il fit, comme officier d'ordonnance du général Jamin, la campagne de Chine et, comme officier d'ordonnance du général Ducrot, toute la guerre de 1870. Il était à Reischoffen, à Sedan, au siège de Paris. Il fut tué à Champigny avec son camarade Franchetti. J'ai gardé de lui le sou-' venir le plus tendre.

La réunion à Versailles d'une aussi nombreuse cavalerie amenait naturellement des manœuvres d'ensemble, comme dans un camp d'instruction. Elles avaient été inaugurées par le général Korte qui commanda, le premier, la division et que nous avons déjà vu comme colonel du Ier de chasseurs d'Afrique. Ancien soldat du premier Empire, brigadier de hussards à Austerlitz, Korte avait figuré dans ces héroïques escadrons qui, sous la conduite des Lasalle, des Montbrun, des Kellermann, des Sainte-Croix, etc., arrachaient à nos ennemis eux-mêmes des cris d'admiration. Il en avait rapporté des allures froides, méthodiques, et un respect aveugle pour l'instruction professionnelle, qu'il avait acquise sous des maîtres aussi illustres. C'était le grand pontife du règlement. On avait toujours recours à lui pour en expliquer les mystères, qu'il était porté à compliquer encore, afin de rendre ses oracles encore plus inaccessibles. Le général d'Allonville était plus fantaisiste. Il était loin d'avoir ses talents professionnels, mais il possédait les qualités maîtresses du chef de cavalerie : l'audace, la promptitude de décision et l'élan communicatif. Chétif, malingre, d'une santé douteuse, il avait le commandement inégal, attribuant quelquefois une importance exagérée aux moindres fautes, pour fermer, le lendemain, les yeux sur des erreurs plus graves. J'ai manœuvré pendant deux ans sous ses ordres, en division, sur le plateau de Satory; je n'ai pas vu une seule séance se terminer sans qu'elle ait été signalée, tant nos manœuvres étaient compliquées, par des erreurs qui, à la guerre, auraient eu les conséquences les plus graves. J'adorais ces manœuvres à cause même de leurs difficultés et encore qu'elles me parussent, pour la plupart, inapplicables au combat. C'était pour moi une sorte de carrousel d'autant plus amusant qu'il était plus difficile.

De toutes les conditions que le célèbre prince de

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