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UN COUP DE CLAIRON

se retira bientôt, passant la main au marquis de Chasseloup-Laubat, qui ne devait pas mieux réussir que lui. D'ailleurs, l'attention du public et la mienne allaient être reportées sur des sujets bien plus palpitants.

Le Ier janvier 1859, un coup de clairon réveilla la France. Ce fut l'apostrophe historique adressée par l'Empereur au baron de Hûbner, ambassadeur d'Autriche, à la réception du corps diplomatique. On a dit que de la bombe d'Orsini était sortie la guerre d'Italie, et que de la guerre d'Italie était sortie toute la série des événements européens qui ont amené nos désastres de 1870. C'est un point que l'Histoire impartiale, s'il doit jamais y avoir une Histoire impartiale, élucidera peut-être un jour. Mais, sans nier l'influence que le monstrueux attentat d'Orsini put avoir sur les résolutions définitives de l'Empereur, il est bien certain qu'elles étaient préparées déjà, non seulement par ses péchés de jeunesse et son affiliation au carbonarisme, mais encore par ses engagements antérieurs vis-à-vis du gouvernement sarde, et surtout par les intrigues infatigables de M. de Cavour, qui voulait obliger l'Autriche à sortir de la politique de patience qu'elle avait adoptée, pour obliger la France à intervenir. Il est non moins certain que les amis les plus dévoués de l'Empire, et presque toutes les chancelleries européennes, voyaient avec appréhension un choc qui allait ébranler le vieil édifice européen.

Est-il permis d'affirmer que l'unité allemande, sous l'hégémonie prussienne, a été la conséquence directe de l'unité italienne? J'en doute. Cette unité était une thèse qu'on professait, depuis 1807, dans toutes les universités allemandes. Elle avait failli se transformer en réalité, en 1849, si les préjugés féodaux du roi Frédéric-Guillaume IV ne l'avaient pas porté à refuser la couronne impériale que lui offrait le parlement d'Erfurt.

Mais on peut être assuré que, même sans la guerre d'Italie, M. de Bismarck, arrivant au pouvoir avec le roi Guillaume, aurait trouvé dans son puissant génie les moyens d'accomplir un projet longuement médité, et qui consistait à venger la Prusse des humiliations de la convention d'Olmùtz. Il était fatal qu'il déclarât la guerre à l'Autriche, et celle-ci aurait été aussi bien empêchée de réunir toutes ses forces contre lui, par ses provinces italiennes révoltées, qu'elle le fut par l'intervention de l'Italie, unifiée sous le sceptre de Victor- Emmanuel. Cependant, il est juste de prétendre que, sans la guerre de 1859, les choses auraient pu prendre une autre tournure, car, si l'Empereur, cédant aux conseils de ses vrais amis, avait pu s'affranchir de ses engagements vis-à-vis du gouvernement sarde, il lui eût été possible de revenir à la politique traditionnelle de la France, qui consistait à défendre les petits Etats allemands contre les convoitises de leurs deux grands voisins : l'Autriche d'abord, la Prusse ensuite. Et on n'eût pas retourné contre lui cette politique des nationalités qu'il se crut obligé d'invoquer, pour couvrir d'un prétexte philosophique des convenances peut-être trop personnelles.

Quoi qu'il en soit, le coup de clairon du i6r janvier 1859 surprit tout le monde, excepté peut-être les révolutionnaires, qui, depuis longtemps, poussaient à une action en Italie, et qui devaient applaudir à la guerre. Evidemment, si on avait réfléchi, on aurait compris que la participation d'une division sarde à la guerre de Crimée, l'admission du Piémont à la signature du traité de Paris, et le récent mariage du prince Napoléon avec la princesse Clotilde ne s'étaient pas accomplis sans quelques pensées secrètes, et sans quelques promesses mytérieuses. Mais on n'apercevait aucuns préparatifs belliqueux, et on savait qu'une guerre ne pouvait pas être entamée sans de longues préparations,

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