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GUIDES ET HUSSARDS

trevue dont sortirent d'abord un armistice, le 8 juillet, et ensuite la paix de Villafranca, le 12 juillet. Fleury, qui avait porté les premières ouvertures de rapprochement à l'empereur d'Autriche, accompagnait Napoléon III, qui était escorté par un escadron des Guides, tandis que François-Joseph avait pour escorte un escadron de hussards. « Après l'entrevue, me racontait Fleury, les deux souverains passèrent en revue les deux escortes. Les hussards autrichiens étaient immobiles comme des statues de bronze, tandis que nos Guides se trémoussaient sur leurs chevaux auxquels ils semblaient communiquer leur agitation, pour tâcher d'apercevoir les deux empereurs et leur suite. J'en fus humilié.

— Ce que vous me signalez là, lui répondis-je, ne doit pas vous étonner. C'est la différence caractéristique des deux races. L'immobilité absolue serait admirable, si elle provenait d'un excès d'attention. Elle est négligeable, quand elle est le signe de l'indifférence et la preuve que celui qui la garde ne s'intéresse à rien. On l'obtient facilement de l'Allemand, qui est froid, flegmatique, sinon apathique. On ne l'obtiendra jamais du Français, précisément parce qu'il s'intéresse à tout. Vous auriez coupé vos Guides en quatre, que vous ne les auriez pas empêchés de marquer par leurs mouvements l'émotion que leur causait le spectacle historique qu'ils avaient sous les yeux, et qu'ils devaient se rappeler toute leur vie. C'est un trait de notre tempérament fougueux, et ce que nous avons de mieux à faire, c'est de tirer le meilleur parti possible des merveilleuses qualités de notre race, auxquelles nous ne parviendrons jamais à ajouter les qualités de l'étranger. Ne le copions donc pas; la copie ne vaut jamais le modèle. Restons ce que nous sommes, et résignons-nous à avoir des soldats qui bougent, quand il faudrait rester immobiles; ils valent encore mieux que des soldats qui resteraient immobiles quand il faudrait bouger. »

La France et sa capitale acclamèrent bientôt l'armée d'Italie victorieuse, à son retour d'une campagne terminée plus vite qu'on le pensait. J'allai, comme tous les Parisiens, rendre visite aux vainqueurs, à leur bivouac du camp de Saint-Mandé, et je constatai avec plaisir la popularité dont jouissaient mes vieux compagnons de jeunesse : les tirailleurs indigènes, qui venaient de déployer en Italie leurs admirables qualités militaires, après s'être déjà couverts de gloire en Crimée. Les Parisiens les avaient adoptés, et on voyait circuler à travers les rues les bonnes têtes bronzées de nos Arabes, bras dessus, bras dessous, avec nos ouvriers et nos boutiquiers qui leur faisaient les honneurs de la Capitale. Un des attraits du bivouac des Algériens était une ravissante cantinière, qui portait à ravir le turban blanc, la veste et la large culotte bleues, agrémentées du petit jupon de même couleur, galonné de jaune, et dont la jambière et la guêtre blanche faisaient valoir le mollet renflé et le pied mignon. « C'est une fille du désert », disait-on. L'adorable vivandière n'était même pas une Naïliate. Elle était de Montrouge, mais elle ne le disait pas.

J'assistai aussi à l'entrée solennelle des troupes, et à leur défilé au pied de la colonne Vendôme, devant l'Empereur, qui portait, assis sur les fontes de sa selle, le Prince Impérial. L'enthousiasme avait quelque chose de fiévreux et d'inquiet. On acclamait les aigles victorieuses, mais en se demandant pourquoi elles étaient sitôt de retour, et si elles n'avaient pas dû revenir en face d'un danger mystérieux qui avait forcé l'Empereur à renoncer à un programme si nettement exposé. On sentait confusément que l'Empereur n'avait plus en main le timon de l'Europe, si je puis m'exprimer ainsi, et qu'il n'était plus le maître absolu des événements. Onze ans nous séparaient encore des grandes catastrophes, et c'est là une distance que ne peut per-

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