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LA RENTRÉE DES TROUPES

cer aucun œil humain. Mais d'instinct, la confiance était entamée, et l'inquiétude vague planait sur nos têtes.

Après la campagne d'Italie, le général de Mac Mahon, élevé à la dignité de maréchal, fut remplacé, à la tête de l'armée d'Afrique, par le général de Martimprey . J'ai souvent dit l'affectueuse vénération que j'avais vouée à mon ancien chef d'Orléansville. Je dois ajouter que, de son côté, il nourrissait pour moi des sentiments paternels, et qu'il désirait m'emmener avec lui. Plusieurs fois déjà, il avait pensé à moi pour un régiment de chasseurs d'Afrique ou un régiment de spahis, mais les choses ne s'étaient pas arrangées, parce que, de mon côté, je n'avais fait aucune démarche. Ma femme n'avait aucun enthousiasme pour l'Afrique, et cela suffisait pour que mon vif désir d'y retourner restât secret. Le général de Martimprey avait inauguré son commandement en écrasant, sur la frontière du Maroc, avec deux fortes divisions d'infanterie commandées par les généraux Yusuf, Valsin-Esterhazy, et une division de cavalerie commandée par le général Desvaux, une nouvelle insurrection, fomentée par un nouveau Mohammed-ben-Abdallah. Le choléra était venu fondre sur les deux camps, réduisant, en quelques jours, nos effectifs d'un cinquième, et ceux de nos ennemis dans des proportions encore plus considérables. Mais le général de Martimprey était homme à faire se battre les moribonds eux-mêmes. Il vint à bout des insurgés, ramena la paix, et passa en France le dernier mois de 1859.

Le mercredi 11 janvier 1860, j'étais à l'un des grands bals des Tuileries, lorsque je sentis une main sur mon épaule, et, en me retournant, je me trouvai face à face avec le général Tripier du génie, un ancien camarade de Blidah, accompagné du commandant Robinet, premier aide de camp du maréchal Regnault de Saint-Jean d'Angély.

— Eh bien, Bédouin, me dit le général Tripier en

plaisantant, vous ne pensez donc plus à l'Afrique?

— Mais si, mon général, et j^y retournerais même avec plaisir, si le ministre m'y envoyait.

— Oh! dit le commandant Robinet, ce n'est pas le moment.

— Et pourquoi donc ?

— Parce que vous allez avoir les lanciers de la Garde. Leur colonel, Lichtlin, va être nommé général.

— Non ! Ce serait trop beau. Mais est-ce bien sûr, au moins?

— Comment, si c'est sûr ! Le maréchal Regnault est ici. Trouvez-le ; il vous confirmera la nouvelle, et vous pourrez lui offrir vos remerciements.

Je joignis le maréchal, qui me confirma la nouvelle en ces termes : « Lichtlin passe à la première promotion ; je vous propose, seul, pour le remplacer. Vous pouvez donc considérer la chose comme faite. » Je me confondis en remerciements. Je rentrai à Versailles, enchanté de ma soirée.

Là, m'attendait une lettre du général de Martimprey, que je m'étais arrangé pour ne jamais trouver chez lui, en allant lui rendre mes devoirs , afin de ne pas chagriner ma femme qui avait peur de l'Afrique, a Je pars sans vous avoir vu, m'écrivait le général, mais j'ai demandé pour vous au ministre le 3e régiment de chasseurs d'Afrique. C'est un beau commandement, et s'il y a la guerre, vous la ferez certainement. Je n'ai pas dit au ministre que je vous prévenais; vous êtes donc libre d'accepter ou de refuser; mais je serais bien heureux si vous acceptiez. »

Le lendemain, je recevais une invitation à déjeuner de la part du ministre.

— Vous savez, me dit-il quand j'arrivai, pourquoi je vous ai fait appeler?

— Je ne m'en doute pas, monsieur le maréchal.

— Martimprey ne vous a donc rien dit?

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