CAMARADES DE GARNISON
saient nullement, car, pour mon compte, j'étais aussi strict que lui, et comme j'exigeais qu'on marchât droit, j'étais tout disposé à marcher droit moi-même. Je mentirais si je racontais que les débuts de nos nouvelles relations et de mon séjour à Constantine furent suaves. Mais nous ne tardâmes pas à sympathiser, et, en somme, c'est au général Desvaux que je dois la plupart des grandes situations que j'ai occupées, à la fin de ma carrière. Il avait pour fidèle Achate et incomparable aide de camp le capitaine Robert, celui que nous avons tous connu comme colonel, chef du secrétariat de la présidence du maréchal de Mac Mahon.
Je veux maintenant, selon mon habitude, et avant de parler de mon nouveau régiment, présenter les principaux officiers qui se trouvaient en même temps que moi à Constantine.
Le chef d'état-major de la division, colonel Horis de Valdan, vieil Africain que j'ai retrouvé pendant la Commune, et après le second siège de Paris. Le directeur des affaires arabes , colonel Gresley, sorti de l'Ecole polytechnique et peut-être, de toute l'armée française, l'officier le plus compétent pour tout ce qui concernait l'Algérie. Il était le seul homme dont le général Desvaux subît l'influence. Plus tard, directeur général à Alger, il devint le bras droit et le conseiller du maréchal de Mac Mahon, qui l'envoyait constamment défendre à Paris les intérêts algériens. Nous étions très liés. C'était une nature^ rabelaisienne, au moral comme au physique. lia versé et sombré dans la politique. Il s'est laissé entortiller par Gambetta jusqu'à prendre une attitude hostile envers son chef , son bienfaiteur, son ami, le maréchal de Mac Mahon, dont il était le ministre ; jusqu'à être la cause finale de son départ. Il en subit, d'ailleurs, le châtiment moral, et dans sa détermination brusque de jeter un jour son portefeuille, pour un motif insignifiant, il y avait encore
plus de remords que de dépit. Abandonné de tous ses amis, de tous ses compagnons d'armes, il vécut tristement ses dernières années. Il n'avait eu qu'à se louer de moi. Je n'ai eu qu'à me plaindre de lui. Je lui ai pardonné.
Le directeur de l'artillerie était mon ancien compagnon de courses dans le Sud, le lieutenant-colonel Niqueux, marié maintenant à une jeune et jolie femme qui le consolait des lenteurs de sa carrière.
Le directeur du génie était le colonel de Contencin, un brave père de famille, un peu rêveur. Il a pris sa retraite à Constantine. Le commandant de place était un vieux colonel de cavalerie nommé Cassagne, personnage muet.
La garnison se composait de trois régiments d'infanterie et de deux régiments de cavalerie. Le 3* de zouaves , commandé par le colonel Mangin , un des héros de l'expédition de Kabylie , où il émerveilla par sa bravoure le général de Mac Mahon , juge infaillible en pareille matière. Général de brigade au Mexique, d'une nature ardente et d'une santé débile , il revint mourir en France d'un transport au cerveau.
Le 3* régiment de tirailleurs indigènes avait pour colonel M. Le Poitevin de la Croix de Vaubois, un des héros de Zaatcha. A Gravelotte , où il commandait la brigade des grenadiers de la Garde, il inscrivit une page magnifique dans ses états de service, et reçut le plus bel éloge auquel un chef puisse prétendre : celui de ses soldats. Sang-froid imperturbable, possession de toutes ses facultés au plus fort du combat , il avait toutes les qualités de l'homme de guerre.
Le 2e régiment de la légion étrangère , créé pour la campagne d'Italie et, plus tard, refondu dans le premier, était commandé par un brave homme d'origine espagnole, naturalisé Français : le colonel Martinez. Il avait pour lieutenant-colonel un autre brave homme