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FÊTE ARABE

personne pour présenter ses hommages. C'était la même correction qu'à Longcbamps, avec quelque chose de plus nerveux, avec une surabondance de vie, versée par le soleil sur ces hommes dont il avait desséché les muscles. Après le défilé, l'Empereur distribua de sa main l'étoile des braves. Il passa autour du corps de Yusuf le grand cordon, si longtemps désiré. Il mit sur la poitrine du général Desvaux la plaque de grand officier, et noua derrière ma nuque la cravate de commandeur.

Quant au divertissement arabe, il eut lieu à la Maison-Carrée. L'Empereur et l'Impératrice s'y rendirent en grand gala, dans une calèche attelée à quatre chevaux et menée à la Daumont. Ils furent escortés, jusqu'à la sortie du faubourg de Bab-Azoun, par les Cent-gardes, et à partir de là, par les chasseurs d'Afrique. Pendant les quatre lieues qui séparent Alger de la Maison-Carrée, la route traverse un pays charmant, longe le pied des coteaux de Mustapha et suit une longue allée ombragée de platanes magnifiques, pour déboucher dans la plaine, après avoir traversé l'Harrach sur le vieux pont bâti par les Turcs. Toute cette route était sillonnée d'une foule joyeuse, empruntant tous les véhicules imaginables. On eût dit Paris se rendant au Grand Prix. Dans la plaine, il y eut le défilé et l'attaque des tribus en marche, la chasse au lièvre, à la gazelle, à l'autruche, et fantasia, tout ce que, hélas! j'avais vu exécuter déjà en l'honneur du duc d'Aumale, et aussi en l'honneur de l'archiduc Maximilien, sous la direction du même incomparable régisseur ! La fête se termina par un assaut furieux des contingents kabyles, se précipitant, avec leurs chefs, leur musique et leurs drapeaux, sur le mamelon où étaient dressés les pavillons impériaux.

Avant que l'Empereur se retirât, on lui présenta une diffa arabe composée d'un nombre inimaginable de plats de couscoussou et de moutons rôtis, qui furent aban-

donnés à la voracité des assistants, et engloutis en un clin d'œil. Le retour eut lieu à la nuit tombante.

Napoléon III n'était point venu à Alger pour s'amuser, comme on dit familièrement. Chaque matin, il sortait du palais pour aller visiter quelque établissement public ou privé, et tout le temps dérobé aux fêtes se passait en conférences avec les généraux et les trois préfets. Il eut vite compris les avantages de l'ancien système ; le ministère de l'Algérie et des colonies fut supprimé, et le gouvernement général, rétabli, fut confié au maréchal Pélissier, qui le considérait comme le couronnement de sa glorieuse carrière. Bien que digne du premier rang, le général de Martimprey n'hésita pas à descendre au second, donnant ainsi à l'armée un sublime exemple de patriotisme et de désintéressement. La dernière cérémonie à laquelle assistèrent les Souverains fut la pose de la première pierre du grand boulevard ouvert le long du quai, et qui s'étend jusqu'à Bab- Azoun. A la vue du clergé arrivant précédé de la croix, l'Impératrice, qui, le matin, avait appris la mort de sa sœur, ne put retenir ses larmes. Dans la journée, nos deux augustes visiteurs partirent sur le yacht impérial.

En ces jours de joie, une nouvelle nous parvint qui nous serra à tous le cœur : celle du désastre de Castelfidardo. Tous nous avions connu, tous nous avions aimé le général si populaire qui vit s'y terminer sa carrière militaire : Lamoricière. Et, en voyant ses lieutenants comblés d'honneurs, pourvus des plus hautes dignités, nous maudissions malgré nous le démon qui l'avait égaré dans la politique. Nous pensions que, s'il était resté dans le rang, il aurait, lui aussi, serré dans sa main le bâton couvert de velours bleu et constellé d'abeilles d'or.

L'Empereur quittait l'Algérie, emportant dans sa pensée les grandes lignes de la politique nouvelle dont

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