AU TRAVAIL
il devait plus tard, et par une lettre historique, confier l'exécution au maréchal de Mac Mahon. Comme rien, après son départ, ne me retenait plus à Alger, j'allai passer quelques jours à Philippeville, auprès de ma femme, qui y était restée, prenant tranquillement des bains de mer au lieu de se mêler aux fêtes impériales, et, tous deux, nous revînmes à Constantine à cheval, comme nous en étions partis, mais cette fois, au milieu d'un coup de siroco qui atténua sensiblement le plaisir du voyage.
Je repris, en rentrant, les habitudes de travail et d'activité militaire qui étaient devenues chez moi une seconde nature. Elles ne plaisaient pas à tout le monde au régiment. Il y avait une catégorie d'officiers que j'appelais en riant le « vieux parti turc » et qui m'auraient mis volontiers en quarantaine. Ils subissaient, je ne l'appris que plus tard, l'influence d'un jeune lieutenant, intelligent, instruit, artiste même, qui s'appelait Rinaldini, et qui manquait à la fois d'esprit militaire et de sens moral. Il a disparu, après avoir attiré sur sa tête les foudres de l'autorité supérieure. Mais, comme je n'exigeais rien de mes officiers en dehors du règlement, comme je ne leur réclamais que de bons services, j'étais inattaquable dans mes positions, et, petit à petit, ceux qui ne voulaient pas se soumettre de bonne grâce à mes exigences comprirent que le plus court était de chercher fortune ailleurs, car non seulement j'avais pour moi l'autorité d'un long passé africain, mais j'avais encore l'appui déclaré du générai Desvaux, qui était merveilleusement informé de la situation, et sans pitié pour les mauvaises têtes et les paresseux. J'en profitais pour donner au travail de l'entrain et de la variété. Et il faut croire que je réussissais, car mon terrain de manœuvre était devenu le but de promenade de la population de Constantine, émerveillée de l'adresse et de la solidité de mes cavaliers. «. 18
Un jour, le général y amena un prince de Hohenzollern, auquel il voulait montrer le travail d'instruction d'un régiment de cavalerie française. Le prince put se convaincre que la cavalerie n'avait pas besoin d'attendre, pour jouir des bienfaits d'une instruction pratique et rationnelle, l'année 1882, comme on l'enseigne aujourd'hui à l'École supérieure de guerre.
Le soir, le général Desvaux m'envoya la lettre suivante, qui, écrite par lui, constitue un des témoignages les plus flatteurs que j'aie reçus dans ma carrière:
« Mon cher Du Barail,
« Comme je ne connais pas d'officier partageant plus que vous mes idées sur la cavalerie, ce qui ajoute à la confiance que j'ai en elles, je vous prie d'accepter le livre du chevalier Melzo. Il est intéressant et prouve combien, au commencement du dix-septième siècle, on attachait d'importance aux opérations de la petite guerre.
« Il y a dans cet ouvrage le germe de notre cavalier léger moderne : adresse à se servir de ses armes, talent d'équitation, œil et oreille de l'armée.
« Le prince de Hohenzollern a été charmé du travail de vos recrues, et il a eu raison. Vous avez donné à ces jeunes gens une hardiesse et une verve qui ont manqué bien souvent à nos cavaliers.
« Desvaux. »
Ajouterai-je que les soldats, toujours prêts à caractériser leurs chefs par des surnoms typiques, m'en avaient donné un dont je ne me plaignais pas ? Au régiment, on ne m'appelait pas : le colonel du Barail. On m'appelait : le colonel du Travail.
Nous fûmes passés en inspection , cette année-là, par le général de Rochefort, ancien commandant de