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LE SUISSE JECKER

où il y en avait, et le président en fonction, Comonfort, décréta, avec l'approbation du Congrès, la sécularisation des biens du clergé. Comonfort fut renversé, et la révolution appela momentanément au pouvoir le parti conservateur, dans la personne du jeune et brillant général Miramon, qui devait plus tard partager, à Queretaro, la fin tragique de l'empereur Maximilien. Miramon, sans l'intervention du Congrès, restitua au clergé les biens dont il avait été dépouillé.

Le 29 octobre 1859, le général Miramon chargeait le banquier Jecker d'une opération financière qui consistait à émettre pour quinze millions de piastres de bons (environ quatre-vingts millions) , en annulant pour une somme correspondante de titres de la dette antérieure. Ces bons devaient être reçus par l'État, en appoint dans les payements à faire au Trésor, comme droits de douane , de taxe , etc. Jecker fit au Trésor les avances nécessaires; mais au bout d'un an, il n'avait guère placé que pour cinq cent cinquante-quatre mille piastres de ses bons. L'opération était désastreuse, d'autant plus que Juarez, qui venait de succéder à Miramon, refusait de l'endosser. C'est alors que Jecker intéressa à sa cause le duc de Morny et M. Dubois de Saligny. Le fait a été prouvé péremptoirement par des correspondances irréfutables, publiées à l'occasion du procès auquel donna lieu la succession de Morny, ou découvertes dans les archives des Tuileries. Devenu président, en 1860, Juarez appliqua avec énergie le décret de spoliation des biens ecclésiastiques. Mais cette mesure ne remplit pas ses caisses, car les acheteurs manquaient, et Juarez, réduit aux abois, sans ressource et sans crédit, prit un arrêté par lequel il suspendait, pendant deux ans, le payement des intérêts des emprunts hypothéqués sur les droits de douane de la Vera-Cruz. Cette mesure qui lésait des intérêts européens, qui était malhonnête, amena l'Angleterre, l'Es-

2pô MES SOUVENIRS.

pagne et la France à rompre les relations diplomatiques avec le Mexique et à s'unir, dans une pensée commune d'intervention, dont l'instrument fut la Convention de Londres.

Dans cette intervention, le gouvernement impérial entendait jouer le premier rôle, mais le peu d'importance des réclamations de nos nationaux ne lui permettait pas de prendre la tête. Et c'est alors que M, Dubois de Saligny eut l'idée audacieuse, incroyable, d'y ajouter les revendications du banquier suisse Jecker. L'Empereur eut la faiblesse d'accepter cette combinaison qui faisait de nous les plus gros créanciers du Mexique, mais qui, exploitée d'une façon éhontée par de hauts personnages, allait jeter sur l'expédition un mauvais vernis et la défaveur publique.

Quand les représentants des gouvernements se réunirent, pour exposer leurs griefs, M. Dubois de Saligny se prétendit malade et laissa le digne et loyal amiral Jurien de la Gravière, qui ne connaissait pas le premier mot de cette ténébreuse affaire, exposer les prétentions exorbitantes du banquier suisse.

Aussitôt, le représentant de l'Angleterre, sir Charles Wycklhe, se récria sur leur énormité. Il avait été, à Mexico, collègue de M. Dubois de Saligny, dont il connaissait et dont il se plaisait à entraver les menées. En outre, l'Angleterre, qui, sans doute, avait pénétré les secrets desseins de Napoléon III , ne voulait pas se laisser entraîner dans les hasards d'une lutte qui ne pouvait être pour elle qu'une guerre de magnificence. Elle suivait avidement les phases de la guerre civile en Amérique, avec l'espoir de voir ruiner les États du Nord, qu'elle considérait déjà comme des rivaux gênants et qu'elle avait toujours considérés comme des vassaux révoltés ; mais elle ne voulait pas s'exposer à une rupture avec les États-Unis, pour la satisfaction complètement illusoire de fonder au Mexique un gou-

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