LE GÉNÉRAL ALMONTE
vernement stable et régulier. Elle avait prouvé ses intentions dans l'affaire récente du « Trent », en laissant insulter son pavillon, par l'arrestation, à bord d'un de ses bâtiments, de deux envoyés du Sud.
D'ailleurs, les négociations qui aboutirent à la Convention de Londres furent longues et laborieuses. Chacune des trois puissances jouait au plus fin , la France insistant toujours pour une intervention armée , et montrant ses arrière-pensées belliqueuses par le refus qu'elle opposa aux États-Unis, lui proposant d'avancer les sommes suffisantes pour désintéresser ses nationaux, moins le Suisse Jecker, bien entendu. Enfin, bien que l'Angleterre, toujours prudente, eût fait stipuler qu'on n'emploierait pas la force , les contingents combinés des trois puissances allèrent débarquer à la Vera-Cruz. Et là, encore, nous laissâmes voir que nous allions au Mexique , non pas seulement pour faire valoir les intérêts lésés de nos nationaux , mais surtout pour en changer le gouvernement, car, avec les trois mille hommes qui formaient le corps de débarquement confié à l'amiral Jurien de la Gravière, marchait le général Almonte, le plus ardent promoteur d'une restauration monarchique au Mexique, l'homme le plus influent de son parti, et que nous reconnaissions nous-mêmes comme le chef provisoire désigné, jusqu'à l'établissement d'un gouvernement définitif.
Jadis, il avait été républicain, et, en 1840, déjà ministre de la guerre, il avait signé des proclamations nettement républicaines. Mais, chassé de son pays, il y rentrait, animé d'une irritation profonde et irréductible contre le gouvernement de Juarez. De taille petite, mais de complexion robuste, il avait dépassé l'âge mûr; mais il était encore dans toute la plénitude de ses facultés morales et physiques. Il représentait parfaitement le type indien, et il était, disait-on, le fils naturel d'un des premiers martyrs des guerres de l'Indépendance :
le curé indien Morales, le successeur de l'immortel Hidalgo qui avait donné le signal de l'insurrection contre les Espagnols, et avait payé son audace de sa vie. Morales, en 1812, s'était mis à la tête de l'insurrection, et, comme Hidalgo, il avait été fusillé. Le nom de son fils, Almonte, rappelait la nécessité où il s'était trouvé de fuir à la montagne , au moment de la naissance de cet héritier. Il est curieux de constater que les premiers héros de la guerre qui aboutit à l'expulsion des Espagnols et à la fondation de la république mexicaine furent des prêtres, et que le clergé fut la première victime de cette république qu'il avait fondée, qui le dépouilla de ses biens et lui enleva toute participation aux affaires. Almonte, qui était clérical par esprit de famille, trouvait dans cette persécution la justification de son changement d'opinion.
Si les diplomates des trois puissances avaient eu toutes les peines du monde à s'entendre à Londres, leurs armées ne s'entendirent guère mieux sur la terre mexicaine. L'Angleterre saisit le premier prétexte pour retirer ses troupes , et l'Espagne suivit bientôt cet exemple. Le contingent espagnol, le plus fort des trois, avait pour chef le général Prim, un ambitieux, sans préjugés et sans scrupules, qui rêvait de relever pour lui le trône du Mexique. Quand il apprit que des engagements antérieurs avaient été contractés avec l'archiduc Maximilien qui, en son château de Miramar, était dévoré par le désir de jouer un grand rôle, et quand il vit s'écrouler son rêve , il s'empressa d'accepter les garanties qu'on lui offrait pour les payements dus à ses nationaux, et se rembarqua. C'est ainsi que la France resta isolée en face du Mexique , isolée, mais libre de poursuivre ses grands projets, ou, plutôt, de suivre les conseils intéressés de M. Dubois de Saligny, qui continuait à tromper l'Empereur par des rapports mensongers sur l'état des esprits dans le pays, et