‹ Mes souvenirsChapitre 15 sur 262 · EN EXPÉDITION · texte numérisé non relu

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tit de Pantagruel et flatté la gourmandise de Panurge.

Pauvre Maximilien ! Qui nous eût dit alors que nous le conduirions au Mexique!

Cependant, Laghouat continuait à fermenter. Le chérif d'Ouargla, l'agitateur, le M ohammed-ben- Abdallah traditionnel (j'ai déjà dit qu'ils s'appelaient tous ainsi), exploitait le départ du général de Ladmirault, après une longue période d'inaction, la révocation du vieux khaliffa, dont le titre, mais non l'influence, avait passé à son fils aîné, brave et fidèle serviteur de la France, qui voyait tomber à rien autour de lui, dans l'oasis, le parti français. Il fallait faire quelque chose. Le générai Yusuf commença par décider la construction de ce qu'on appelait une maison de commandement, sorte de poste-magasin fortifié, au cœur du pays des Ouled-Nayl, sur l'Oued- Djelfa, au pied de la forêt du Moalba. Elle était destinée au bach-agha, Si- Chérif-bel-Arch. Quinze de mes spahis furent chargés de convoyer les matériaux : bois, pierre, sable, transportés à cet endroit, et d'y faire établir un four à chaux. Puis, le général vint lui-même protéger la construction, à la tête d'une colonne composée de deux bataillons du 60e de ligne, commandés par le colonel du régiment, le marquis de Linieres, quelques compagnies de zouaves et de tirailleurs indigènes, deux escadrons de spahis, le mien et le troisième, et trois escadrons de chasseurs d'Afrique.

Le site était ravissant. C'était un plateau garni de pins, de cèdres, de tuyas, de chênes-lièges, à l'entrée d'une vallée étroite et sinueuse formée par le cours de la rivière Djelfa, qui fournit d'abord une eau excellente, bientôt imbuvable après son passage le long d'un énorme rocher de sel, et va se perdre dans la région qu'on appelle le Zahrès. Nous restâmes là, pendant six semaines, bien tranquilles et nous allions rentrer, quand nous apprîmes que le chérif n'attendait que notre retraite

pour dessiner un mouvement sur Laghouat où l'appelait une partie de la population.

Le général Yusuf transporta immédiatement son camp en amont de l'oasis, sur l'Oued-Mzi, à l'emplacement qu'avait occupé le général de Ladmirault, à Ras-el-Mâ, c'est-à-dire auprès du barrage, qu'il n'avait qu'à rompre pour priver d'eau les jardins et réduire la vile à boire l'eau de ses puits.

Cette mesure d'intimidation sembla réussir tout d'abord, et tout le monde se tint tranquille. Le général, qui n'était pas précisément un modèle de douceur, commença par faire vendre à l'encan les biens meubles et immeubles de tous les habitants qui avaient émigré pour rejoindre les insurgés. Puis il s'avisa, avant de partir, de nommer un commandant militaire et choisit, pour ce poste, un de ses officiers indigènes, Mohammedben-Ahmeda. C'était un garçon très intelligent, prêt à toutes les besognes, à tous les coups de main, sans famille, sortant on ne savait d'où, qu'il avait employé souvent avec succès, dont il avait fait un lieutenant de spahis et un chevalier de la Légion d'honneur, mais dont tout le monde se méfiait, aussi bien les indigènes que les Français, ses compagnons d'armes. On lui forma une petite garde de six spahis, commandés par un de mes maréchaux des logis, Ibrahim-ben-Abdallah.

Je me rappelle avoir collaboré, avec mon ami, le capitaine Faure, à la rédaction du rapport qui devait édifier le Gouverneur général sur les avantages de la combinaison. Nous le fîmes sans conviction et par ordre, car l'organisation ne nous inspirait pas confiance, et nous trouvions détestable le choix du général. Mais il faut obéir avec la plume comme avec le sabre.

Nous rentrions enfin , toutes choses ainsi réglées, le général à Médéah, et moi à Boghar, lorsque mon maréchal des logis, Ibrahim, me rattrapa en route et me raconta que Laghouat était en pleine révolte, et que le comman-

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