‹ Mes souvenirsChapitre 16 sur 262 · NOS ALLIÉS · texte numérisé non relu

NOS ALLIÉS

dant avec ses spahis avait été chassé par la population.

Mon Ben-Ahmeda avait voulu éprouver la patience de ses nouveaux administrés et avait infligé des amendes à tort et à travers. Il mit le comble à l'exaspération publique en s'adjugeant une jeune Juive qui avait, là-bas, une réputation de beauté, d'ailleurs assez peu méritée. Toute l'oasis avait pris fait et cause pour cette nouvelle Lucrèce, et l'insurrection avait éclaté. Des émissaires avaient été envoyés au chérif, pour qu'il vînt prendre possession de la ville, et on avait fait partir de force, parmi eux, les fils de l'ancien khaliffa eux-mêmes, nos amis.

Le général Yusuf ne fit que toucher barre à Médéah, pour reconstituer et renforcer sa colonne expéditionnaire, et, suivant sa coutume, marchant la nuit, se reposant le jour, il piqua droit dans le Sud, pour aller au delà de Laghouat, afin de couper la retraite à toutes les populations qui étaient venues dresser leurs tentes sous les murs de la ville et que l'oasis ne protégeait pas.

Un matin, en arrivant dans le voisinage de Laghouat, nous vîmes venir à nous les trois fils de l'ancien khaliffa, qui avaient réussi à s'échapper d'auprès du chérif, étaient allés demander l'hospitalité au marabout Tidjeni, dans sa ville fortifiée d'Aïn-Madhi, et ralliaient la colonne dont ils avaient connu l'arrivée.

Braves gens ! pauvres alliés, ils ont constamment tout fait pour la cause française. J'aurai bientôt à raconter quels services considérables ils allaient nous rendre. Mais je dois dire tout de suite qu'ils ont été bien insuffisamment récompensés. L'un des trois, l'aîné, Ben- Nacer, est mort. Le second, Taouti, est mort. Quant au troisième, il vient mourir aussi, commandeur depuis fort longtemps de la Légion d'honneur, pourvu d'un titre honorifique, sans qu'on lui ait confié les emplois qu'il méritait et où il aurait pu nous être si utile.

Malgré toute notre diligence, notre marche avait été

éventée et les nomades avaient fui, laissant dans la ville de forts contingents chargés de la défendre. Pourtant, à sept lieues au sud de Laghouat, nous rejoignîmes une émigration considérable qui fuyait, dans laquelle nous entrâmes au galop et qui laissa entre nos mains des prisonniers et une quantité énorme de bétail. La journée fut mauvaise pour moi. J'y perdis une superbe jument arabe que je m'étais offerte afin d'être aussi bien monté qu'un agha. Un de mes sous-officiers, que j'aimais beaucoup, était démonté, et me pria de lui faire donner un cheval, pour charger avec l'escadron. Je lui confiai ma bonne jument, pour ne pas démonter un autre cavalier. En prenant le galop, mon maréchal des logis chef, assez mauvais cavalier, se laissa emballer et vint se jeter sur ma jument. Les deux hommes et les deux bêtes roulèrent par terre. Les hommes se relevèrent sans aucun mal. Mais ma jument fut tuée raide, et je regrettai ma complaisance. Ce soir-là, nous allâmes camper et enfermer nos prises au petit ksar d'El- Assafia.

Le surlendemain, après un jour de repos, il s'agissait de retourner s'installer à Ras-el-Mâ, au barrage, et nous étions obligés pour y arriver, ayant dépassé l'oasis, de la longer d'assez près, par une marche de flanc qui nous amenait sous les murs des jardins, déjà garnis de défenseurs. Nous marchions en colonne, par pelotons, assez loin de l'infanterie, quand nous fûmes assaillis par les insurgés sortis de la ville. On n'eut que le temps de commander « Pelotons à gauche ». Nous nous trouvâmes en bataille et chargeâmes tout ce monde-là, sur un terrain accidenté et peu propre à nos évolutions. Mais l'infanterie arrivait au pas de course, et tout ce qui avait quitté la place y fut définitivement refoulé. Nous allâmes, sans autre encombre, établir notre bivac à Rasel-Mâ, où nous devions rester pendant tout le siège.

Cette journée nous coûta quelques morts et d'assez

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