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LE CORPS EXPÉDITIONNAIRE

A cette occasion, le drapeau du 99e, commandé par le colonel L'Hérillier, fut décoré. Ce combat s'appela le « combat de Barranca Secca » .

Le général rentrait à Orizaba, très irrité de son échec qui dut avoir un grand retentissement au Mexique et en France, très irrité aussi contre M . Dubois de Saligny qui l'avait trompé sur l'état des esprits. La vérité était qu'au Mexique on était généralement hostile aux cléricaux et sympathique au parti libéral, incarné dans Juarez, un Indien pur sang, mais un Indien intelligent, instruit et doué de véritables qualités gouvernementales. Cet échec changeait la situation. L'honneur du drapeau était engagé. Il fallut marcher. L'Empereur décida l'envoi d'un corps d'armée, composé de deux divisions d'infanterie, d'une brigade de cavalerie, avec de l'artillerie et du génie en quantité suffisante pour entreprendre le siège régulier et méthodique de Puebla. Ce corps d'armée devait avoir pour commandant en chef le général Forey. Une des divisions était réservée au général Bazaine, l'autre au général de Lorencez, qui n'accepta pas et revint en France. Il fut remplacé par le général Douay. L'artillerie était commandée par le colonel de Laumière, qui devait trouver, à son arrivée à la Vera-Cruz, sa nomination de général. Et enfin, la cavalerie, formant deux régiments de marche, était commandée par mon ami, le général de Mirandol.

En attendant l'arrivée du corps expéditionnaire, retardée jusqu'à la fin de la saison des pluies, le colonel Brincourt emmena d'urgence deux bataillons de son Ier de zouaves et un escadron du Ier de chasseurs d'Afrique. Il arriva à la Vera-Cruz dans le courant de juillet, c'est-à-dire au plus fort des pluies, des grandes chaleurs et du vomito-negro. Il eut toutes les peines du monde à atteindre Orizaba. Les voitures s'embourbaient jusqu'aux moyeux, dans les terres détrempées par les pluies diluviennes. Sa colonne fondait

sous la rigueur du climat, en cette route où, certains jours, il ne put franchir qu'un kilomètre. Enfin, il rallia le corps expéditionnaire dénué de tout et le mit à l'abri de la faim et des insultes des Mexicains.

Après la retraite de Puebla, les troupes du général de Lorencez, auxquelles venait se joindre le général Douay , arrivant de France avec cent cinquante hommes et un convoi très difficilement amené, lui aussi, avaient eu sur les bras les deux meilleurs généraux de la république mexicaine : Sarragoza, qui venait de défendre Puebla, et Ortéga, qui devait la défendre au second siège.

Dans la soirée du 13 juin, ces deux généraux étaient arrivés aux abords d'Orizaba, en dissimulant soigneusement leur présence. Près de la ville, s'élevait une éminence qu'on appelle le « Cerro Borrego », que le général Lorencez avait négligé de faire occuper, et Ortéga, qui savait que, du sommet du Borrego, on pouvaitfoudroyerlaplace, s'y glissa avec deux mille hommes et trente obusiers de montagne.

Vers le milieu de la nuit, le colonel L'Hérillier, entendant sur la colline un bruit suspect, y envoya en reconnaissance une compagnie de son 99e de ligne, commandée par un officier promu depuis quelques jours au grade de capitaine et nommé Détrie. Les fantassins, en s'aidant des pieds et des mains, grimpent, au milieu des ténèbres, les pentes abruptes et rocailleuses du Borrego. Ils arrivent jusqu'à toucher les Mexicains, qui procédaient en désordre à l'installation de leur camp et de leurs batteries, et qui, cependant, en les apercevant ouvrent le feu contre eux. « Couchez-vous ! » crie le capitaine Détrie à ses soldats; et, par-dessus les Français étendus à plat ventre, les Mexicains se mettent à tirer avec acharnement les uns sur les autres, à s'entre-tuer. Au bruit de leur fusillade, le colonel L'Hérillier avait lancé une seconde compagnie; elle

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