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TATONNEMENTS

arriva au moment où les soldats de Détrie, se relevant à sa voix, se précipitaient sur l'ennemi affolé, qui s'enfuit, laissant, sur le terrain encombré de ses morts, la majeure partie de son artillerie.

Détrie fut nommé chef de bataillon, et il le méritait, car sans lui les Français, battus par le canon d'Ortéga et attaqués de front par Sarragoza, étaient perdus, tandis que, lorsqu'au matin, ce dernier général dessina son attaque, il fut impuissant à entamer nos troupes exaltées par le succès de la nuit. La situation du général de Lorencez n'était pas brillante pour cela. Il n'avait plus d'approvisionnements ; les communications avec la Vera-Cruz étaient interceptées par le mauvais temps et par d'innombrables guérillas, répandues dans les Terres Chaudes, — c'est ainsi qu'on appelle une large bande de terrain qui borde le golfe du Mexique, — et enfin la fièvre jaune sévissait sur ses troupes. Aussi vit-il arriver avec bonheur d'abord le général Douay, et puis ensuite le colonel Brincourt.

Mais toute une armée allait être jetée sur ces côtes inhospitalières, avec la mission colossale et difficile de conquérir le Mexique. Cette conquête était-elle possible? Oui, évidemment. Pouvait-elle être stable? C'est une autre affaire. Il me semble que la guerre de Sécession une fois terminée, l'établissement d'un régime monarchique aux portes des Etats-Unis devenait précaire, et que tôt ou tard, si nous avions voulu nous entêter à le soutenir, nous aurions été entraînés à faire la guerre à la puissante république américaine. Il me semble aussi que l'opinion publique, maîtresse définitive du monde, n'aurait pas accepté de pareilles conséquences de notre intervention. Néanmoins, il est impossible de dire ce qui serait arrivé si l'entreprise avait été mieux conduite, si on avait fait vite et bien dès le début, en envoyant des forces suffisantes pour écraser toutes les résistances.

Il faut se souvenir que notre premier échec devant Puebla est du 5 mai 1862, et ce ne fut que l'année suivante, le 17 mars 1863, que nous commençâmes les travaux d'approche du second siège de cette place. Nous perdîmes donc, en tâtonnements et en préparatifs lents, un temps précieux qui fut mis à profit par le parti de la résistance. Plus tard, les intrigues politiques vinrent aggraver nos lenteurs militaires; mais il est possible, après tout, que si, avant la fin de la guerre de Sécession, le pouvoir de Maximilien avait été solidement établi et universellement reconnu, les États-Unis n'auraient pas risqué une guerre pour le renverser.

L'armée d'Afrique devait fournir un large contingent aux troupes qu'allait commander le général Forey, et bientôt, je reçus l'avis que je devais commander l'un des deux régiments de marche de la brigade confiée à mon vieux compagnon d'armes, le général de Mirandol. Je n'ai jamais su pourquoi on s'était résigné à cette combinaison, parfaitement vicieuse, des régiments de marche. Le régiment de marche, comme son nom l'indique, est un corps provisoire. Il est apparu dans nos armées pendant le premier Empire. Quand l'Empereur voulait refaire ses armées décimées par les combats, il prenait tout ce qu'il trouvait de disponible dans les dépôts de son vaste Empire. C'étaient, pour la plupart du temps, des conscrits que l'on organisait en compagnies, avec des officiers quelquefois rappelés à l'activité pour la circonstance, et chargés de leur apprendre à faire l'exercice ou à monter à cheval, tout en cheminant sur les routes. Avec ces compagnies, on formait des bataillons qui, eux-mêmes, étaient réunis en régiments de marche, dans le but d'obtenir une unité de commandement nécessaire à la régularité administrative. Mais, arrives aux armées, ces corps étaient disloqués; leurs éléments étaient versés dans les régiments

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