‹ Mes souvenirsChapitre 169 sur 262 · II · texte numérisé non relu

II

avait succombé, à son tour, à la maladie qui éprouva tout l'équipage du vaisseau amiral, pendant sa longue station dans les eaux du Mexique.

Le corps de mon malheureux soldat fut aussitôt porté à terre et enterré dans l'îlot de Sacriftcios. Cette cérémonie est toujours fort touchante et empreinte d'un sentiment à la fois religieux et militaire, même lorsqu'il s'agit d'un simple soldat.

En présence des deux escadrons rassemblés et d'une partie de l'équipage réunie, avec ses officiers, sur le pont, l'aumônier vint dire les dernières prières sur le corps de mon chasseur. Je jetai sur lui les dernières gouttes d'eau bénite, et le cercueil, accompagné de l'aumônier et du peloton auquel appartenait le mort, descendit dans le canot qui devait le porter à terre. UAube tira un coup de canon. A ce signal, tous les bâtiments en rade mirent leur pavillon en berne et leurs vergues en pantenne, pour ne les relever qu'au retour du canot. Les marins accomplissent ce cérémonial avec une attitude qui prouve que, chez eux, il n'y a pas d'esprits forts, et que les doctrines, à l'aide desquelles on essaye de pervertir la nation, n'ont pas mordu et ne mordront jamais sur ces âmes, trop souvent rapprochées de la mort pour n'être pas toujours rapprochées de Dieu.

L'îlot de SacrificioS) ainsi nommé parce que jadis les Indiens immolaient là leurs victimes, pour se rendre leurs dieux favorables, n'était qu'un vaste cimetière hérissé d'humbles croix noires. Il ressemblait à une pelote d'épingles, et, plaisamment, les zouaves l'avaient appelé le « Jardin d'acclimatation ».

L'amiral continua sa visite, en passant sur \& Dryade, puis sur le Wagram, où il avait à régler un cas tout à fait particulier.

J'ai déjà dit que sur certains bâtiments régnait la mésintelligence entre les officiers de terre et les offi-

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