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PREMIÈRES DIFFICULTÉS

par des gens du pays, mais par les rares Français établis au Mexique et qui nous voyaient arriver sans le moindre enthousiasme. Croirait-on que ces gens-là regrettaient les exactions du gouvernement mexicain? Ils s'y étaient habitués, et leur commerce ou leur industrie leur procuraient d'assez beaux bénéfices pour y faire face. De sorte qu'ils avaient peur d'être dérangés par nous.

Pour rendre plus facile sa tâche administrative, le général Bazaine avait commencé par se donner de l'air autour de la Vera-Cruz, par quelques petites expéditions, vigoureusement menées, sur Médelin, Alvarodo, etc. Il avait fait occuper, en outre, le port de Tampico. On n'avait pas eu affaire à l'armée régulière mexicaine, qui, depuis l'arrivée du corps expéditionnaire, était hors de cause et se concentrait pour nous attendre à Puebla, mais à des bandes de guérilleros qu'on avait traitées sans pitié.

Deux routes conduisent de la Vera-Cruz à Orizaba. La plus directe et la plus courte passe par Cordova, un peu au delà des défilés du Chiquihuite. Toujours suivie jusqu'alors par les convois et dégradée par les pluies, elle était momentanément impraticable. La seconde, un peu plus longue, passe par Jalapa, jolie petite ville de quinze mille âmes, et par le fort de Perrotte. Le général Bazaine y engagea la brigade d'infanterie du général de Berthier, à laquelle il adjoignit l'un des deux escadrons du 12* de chasseurs, commandé par le lieutenant-colonel Margueritte, qui, éclairant la colonne à distance, trouva l'occasion de bousculer un gros de cavalerie mexicaine posté sur la route et faisant mine de la défendre; il la poursuivit, l'épée dans les reins, jusqu'aux approches de Jalapa. Le général de Berthier y entra le lendemain, sans coup férir, y trouva quelques approvisionnements et, continuant sa route, alla prendre provisoirement position

au fort de Perrotte, après avoir laissé, échelonnés derrière lui, des détachements suffisants pour assurer la sécurité de la route. Ce fut deux jours après le départ de cette brigade que je débarquai à la Vera-Cruz.

Je n'y trouvai point les deux escadrons du 12* de chasseurs, qui, avec les deux que j'amenais d'Algérie, devaient composer mon régiment de marche. L'un des deux était parti, sous les ordres du lieutenant-colonel, avec la brigade de Berthier, et l'autre, commandé par le commandant Carrelet, était posté à six kilomètres en avant, à la Tejeria (la Tuilerie), au point où s'arrêtaient les travaux entamés de la ligne de chemin de fer destinée à relier la Vera-Cruz à Mexico.

Le lendemain de notre débarquement fut attristé par une catastrophe qui se passa sous nos yeux. Pendant la nuit, un violent coup de vent jeta à la côte une goélette française et un magnifique trois-mâts anglais. A huit heures du matin, nous vîmes ce trois-mâts, chassant sur ses ancres, venir s'échouer tout près du rivage, juste en face de notre bivouac. On parvint à sauver l'équipage de la goélette, mais à midi le troismâts avait complètement disparu sous l'eau. On n'apercevait plus que le haut des mâts où se tenait cramponné l'équipage, fouetté parles vagues furieuses. On voyait à l'œil nu, très distinctement, tous ces malheureux, et parmi eux un groupe lamentable, formé par le capitaine, sa femme et leur enfant. Toute la journée, on essaya d'aller à leur secours. Aucune embarcation ne put arriver jusqu'à eux. Une baleinière de Y Albatros, montée par six matelots et un quartiermaître, sombra en tentant ce sauvetage impossible, et les sept marins furent noyés. Le lendemain seulement, après une nuit d'angoisses où personne ne dormit dans mon bivouac, parce qu'il nous semblait entendre des cris agonie apportés par le fracas des flots, on put aborder l'épave. Mais, pendant la nuit, le

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