DEVANT LAGHOUAT
seurs d'Afrique et une très forte compagnie de tirailleurs indigènes.
Il est utile, pour bien comprendre l'histoire de ce petit siège, de se rendre un compte sommaire de la position de la ville de Laghouat. Elle est bâtie sur deux rochers qui émergent d'une plaine s'étendant au loin vers le Sud, et sur la rive droite de l'Oued-Mzi. Un canal, dérivé de la rivière, passe entre les deux rochers, et, après avoir arrosé les jardins du nord, va arroser les jardins du sud, séparant ainsi la ville en deux quartiers : le quartier de l'est habité par les Oulad-Serghines, et le quartier de l'ouest habité par les Hallaf, quartiers entre lesquels règne généralement une discorde qui va jusqu'à des rixes, où il y a parfois mort d'hommes. Le rocher de l'est est taillé à pic, et descend brusquement à la rivière. Celui de l'ouest s'étend dans la plaine, par un moutonnement de sommets décroissants et séparés par des cols assez larges. Ces rochers sont d'une aridité absolue. Ils ne portent pas un atome de terre végétale, et leur aspect désolé contraste avec le vert intense de l'oasis qu'ils coupent en deux. Les jardins de cette oasis sont plus beaux et plus nombreux au nord qu'au sud, parce que ceux du nord sont servis les premiers par les eaux du canal, qui arrivent en moins grande quantité au sud.
L'aspect général du pays est d'une tristesse grandiose. En dehors de l'oasis, aussi loin que la vue peut s'étendre, on n'aperçoit pas un brin d'herbe. Partout des pierres calcinées. Partout du sable. Dans les profondeurs du Sud le désert apparaît stérile et nu. Du côté du nord, le regard est arrêté par une ligne de rochers qu'un sable jaune, rutilant, plaqué dans leurs anfractuosités, fait paraître plus noirs et plus brûlés. Dans les grandes chaleurs de l'été, alors que l'air vibre autour de soi, on dirait voir des flammes léchant du charbon. En 1853, lorsque le peintre Fromentin vint
en Afrique, il me raconta que ce sable et ces rochers faisaient son désespoir, et qu'il ne pouvait pas rendre ces effets de lumière intense et aveuglante. « Les plus vives couleurs de ma palette me paraissent, disait-il, de la boue sans reflet. »
Le 3 décembre , le général Pélissier, ne laissant au camp que la garde strictement nécessaire , fit prendre les armes à toutes les troupes, pour reconnaître la place et déterminer le point d'attaque. En voyant se former nos colonnes, les Arabes crurent que l'instant de la lutte suprême était arrivé, et sortirent en grand nombre, pour défendre les approches. Embusqués dans les rochers, abrités derrière les murs des jardins, ils commencèrent eux-mêmes le feu. Nous eûmes, pendant cette journée, plus de cent hommes tués ou blessés, et principalement au marabout de Sidi-el-Hadji-Aïssa, petit monument bâti sur un des pitons qui font suite aux rochers de l'ouest. Cette position, qui commandait l'enceinte, fut prise et reprise plusieurs fois, parce que le général, qui ne voulait pas la garder, la faisait abandonner, après chaque prise, et reprendre, dès que les Arabes y revenaient, pour ne pas leur laisser l'apparence d'un succès. C'est là que fut blessé mortellement le capitaine de zouaves Bessières , parent de l'illustre duc d'Istrie, jeune officier promis au plus brillant avenir, et qui mourut, au bout de deux jours, du tétanos et de la résorption purulente.
Pendant que l'infanterie combattait, la cavalerie était en bataille autour de l'oasis, pour en compléter l'investissement. Elle eut affaire avec l'unique pièce de canon de la place. Mais ses pointeurs, au lieu de s'attacher à un point précis et de rectifier leur tir, distribuèrent des boulets à tous les groupes de cavaliers qu'ils découvraient et n'en atteignirent aucun.
Le général Pélissier, sachant ce qu'il voulait savoir, ramena les troupes que l'ennemi fit mine de poursuivre,