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LE GÉNÉRAL DE LORENCEZ

Le commandant de la première expédition, le général de division Latrille de Lorencez, s'apprêtait à partir, emportant l'estime et les regrets de l'armée, qui reconnaissait ses grandes qualités militaires et, sans lui attribuer la responsabilité directe de notre premier échec, le considérait comme une victime de la fausse politique inspirée par M. de Saligny. Ce petit-fils du maréchal Oudinot tenait de son grand-père un courage inébranlable, un commandement ferme et imposant, encore relevé par sa haute stature. Mais il n'avait pas dans l'esprit les ressources nécessaires pour faire face, en ces circonstances, aux difficultés qu'il traversait, et pour démêler la vérité au fond des intrigues du diplomate qui se prétendait dépositaire du secret de l'Empereur. Son entreprise téméraire contre Puebla était une folie, contraire à toutes les règles de l'art. Mais il ne l'eût pas commise, s'il n'avait pas cru en ce diplomate, lui affirmant que nous étions attendus comme des sauveurs. Et, dans tous les cas, il l'avait rachetée par son attitude superbe, au lendemain de l'échec, attitude qui lui avait ramené la confiance de l'armée.

M. de Saligny, dans son entêtement, avait décliné toute responsabilité et prétendu que, si l'on avait suivi ses conseils, l'on aurait tourné Puebla, au lieu de s'y heurter, pour marcher droit sur Mexico, où l'on n'aurait trouvé, disait-il, aucune résistance. C'était de la démence, car Mexico n'est abordable que par des chaussées très étroites devant lesquelles, en 1847, les Américains faillirent échouer. Et si Mexico s'était défendu comme s'est défendue Puebla, le petit corps d'armée perdu au fond du Mexique aurait essuyé un désastre irréparable. Dans tous les cas, le général de Lorencez subit une disgrâce, dont la cause réelle était moins son échec que ses appréciations sur l'état politique réel du pays. Il ne fut pas rappelé. Mais, placé en sous-ordre là où il avait commandé en chef, il préféra rentrer en

France, laissant au général Douay une belle division, composée de troupes déjà acclimatées et qui, dans de nombreux engagements, avait conquis sur les Mexicains un ascendant irrésistible.

Avec le chef d'état-major du général de Lorencez, le colonel Letellier-Valazé, on fit moins de façons. On le rappela purement et simplement, et personne n'en fut surpris, car on lui reprochait, à juste titre, de n'avoir pas fait reconnaître les abords de Puebla avant l'assaut, tâche qui était dans ses attributions, et de n'avoir pas fait occuper le Borrego, lors de la retraite, faute qui nous eût été fatale, si elle n'avait pas été réparée par l'acte du capitaine Détrie que j'ai raconté plus haut. En outre, le colonel avait la langue trop bien pendue. Il critiquait hautement la politique impériale, et de bonnes âmes s'étaient chargées de faire parvenir en haut lieu l'écho de ses paroles imprudentes.

J'ai déjà présenté au lecteur le commandant en chef de l'expédition, le général Forey, et son premier lieutenant, le général Bazaine. Il me reste à lui faire connaître notre second divisionnaire, le général Douay. Il avait débuté, comme simple soldat, dans les colonies et avait conquis rapidement ses premiers galons, puisqu'il était revenu de la guerre de Crimée colonel du 2e régiment des voltigeurs de la Garde. Tempérament vigoureux et énergique, caractère froid, un peu sombre. Très autoritaire, très épris du commandement pour lui-même, mais un peu enclin à le discuter chez ceux dont la supériorité ne lui paraissait pas évidente. Très passionné pour son métier, et investi d'une grande autorité technique dans toutes les questions qui concernaient l'infanterie, le général Douay jouissait de l'estime et de la confiance des troupes, et de l'affection des officiers qui l'entouraient et qu'il traitait en collaborateurs plutôt qu'en subordonnés. Il avait deux frères, officiers de grand mérite comme lui, et qui,

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