LES DOUAY
comme lui, arrivèrent au gracie de général de division.
L'un d'eux avait trouvé une mort glorieuse sur les champs de bataille de l'Italie. C'était l'aîné des trois Douay. Le plus jeune, onze ans plus tard, le 3 août 1870, mourut à Wissembourg, après avoir soutenu tout l'effort d'un corps d'armée bavarois. L'héroïsme faisait partie du patrimoine de cette famille.
Notre chef d'état-major général était le colonel d'Auvergne. Très homme du monde, très élégant, très courtois, un peu bureaucrate et enclin à remplacer, par le travail assis, l'activité communicative qui voit dans la rapidité des opérations le premier facteur du succès. Le général en chef, qui avait un tempérament analogue au sien et qu'il doublait au lieu de le compléter, tenait assez à lui pour retarder le mouvement en avant de toute son armée, afin d'attendre qu'il fût guéri d'une fracture de la jambe que lui avait occasionnée une chute de cheval.
Le colonel d'Auvergne avait pour second le lieutenant-colonel Manèque, un de mes compagnons d'armes d'Afrique, un ami que j'étais heureux de retrouver et qu'appréciait beaucoup le général Pélissier. C'était un officier d'un rare bon sens, d'un parfait esprit de justice et d'impartialité, qui, sans empiéter sur les attributions d'autrui, exerçait une influence heureuse et féconde. Manèque devait mourir à Metz, général de brigade et chef d'état-major général du 3e corps d'armée. Il fut frappé, le Ier septembre, d'un éclat d'obus, aux côtés du maréchal Lebœuf . On espérait le sauver ; mais, quand j'allai lui rendre visite, deux jours avant sa mort, je surpris chez lui ces signes avant-coureurs du trépas que j'avais vus, hélas! dans les yeux de tant de camarades.
L'artillerie était commandée par le beau de Laumière, le brillant colonel du régiment d'artillerie à cheval de la Garde , qui avait trouvé ses étoiles de
général de brigade, en débarquant à la Vera-Cruz. Il avait pour officier d'ordonnance notre vieille connaissance des spahis : le caïd Osman, toujours lieutenant, toujours brave, toujours excellent garçon et toujours original.
Le génie était commandé par le colonel Viala, officier froid, méthodique, peu communicatif, avec lequel j'eus peu de rapports, et qui devait être nommé général le même jour que moi.
Notre brigade de cavalerie avait pour chef mon vieil ami le général de Mirandol. Et c'était une fête pour moi de servir sous ses ordres ; car jamais je n'ai connu d'homme plus vaillant et plus passionné pour les armes. Sa santé, éprouvée par les traverses terribles qu'il avait subies, exigeait des soins incessants. Il aurait voulu se faire accompagner au Mexique par sa femme, qui l'avait déjà suivi en Italie, où sa présence avait donné lieu à d'assez mauvaises plaisanteries. Le général Forey ne le permit point, et renvoya cette réunion à notre entrée à Mexico, et ceci amena entre les deux généraux un certain froid, dont le mérite de Mirandol finit par avoir raison. En outre, ce héros avait des goûts d'une simplicité exagérée et paraissait volontiers, devant sa troupe, dans une tenue peu soignée qui aurait détruit son prestige, si sa conduite sous le feu ne l'avait pas reconstitué, à chaque affaire.
A la tête de tous les services administratifs : hôpitaux, subsistances, transports, campement, etc., se trouvait un vieil ami à moi, l'intendant général Wolff, mon cher sous-intendant de Médéah. Et certes, jamais homme ne fut plus à sa place. Quel être charmant! Quelle nature exquise d'artiste et de soldat! A sa sortie de l'Ecole polytechnique, il était entré dans l'arme du génie et avait pris part, en qualité de lieutenant de sapeurs, aux deux sièges de Constantine. Pour lui, un combat, un siège, une bataille étaient une sorte