L'INTENDANT GÉNÉRAL WOLFF
de drame auquel il assistait en dilettante raffiné, trop absorbé par les péripéties de l'action pour se soucier du danger. Et comme il comprenait les devoirs de l'administration! Comme il sentait que ce qu'on appelle les intérêts du Trésor, ce fétiche des autres intendants, doit s'effacer devant les besoins des braves gens, qui prodiguent leur sang et donnent leur vie pour la défense de la patrie et l'honneur du drapeau! Il était secondé par des fonctionnaires triés sur le volet et dignes de le comprendre, dont la plupart sont arrivés au sommet de leur carrière. C'était l'intendant Friant, le plus obligeant des hommes, que nous appelions familièrement notre « père nourricier ». C'était l'intendant Gaffiot, qui savait à la fois ménager les deniers de l'État et aller cependant au-devant de tous nos besoins.
Les quatre brigades d'infanterie avaient pour chefs : dans la première division, le général de Castagny, camarade de promotion du maréchal de Mac Mahon, très connu par son fameux ordre du jour à son régiment, au lendemain de l'attentat d'Orsini, et dans lequel il menaçait de poursuivre les « assassins politiques », — en ce moment il n'y avait pas encore d'anarchistes, — « jusque dans leurs repaires » . Cette phrase belliqueuse, qui sonnait comme un coup de clairon, produisit une certaine émotion en Angleterre. Le général baron Neigre, vieux brave homme, adoré de ses soldats, qu'il tutoyait tous et qu'il traitait avec une familiarité plaisante et de bon aloi.
Dans la seconde division : le général de Berthier, ancien capitaine de nos vieux zouaves, qui avait eu, en Crimée, l'épaule fracassée et auquel on avait réséqué l'humérus ; et le général L'Hérillier, l'ancien colonel du 99e de ligne, qui avait décroché les étoiles au combat de la Baranca-Secca.
Et quel excellent esprit animait la petite armée qui obéissait aux ordres de ces chefs! Quel dévouement! 11. 24
Quelle ardeur parmi tous ces officiers, encore jeunes pour la plupart, et qui devaient, presque tous, parcourir la plus brillante carrière! Dans l'infanterie, tous les colonels et presque tous les officiers supérieurs étaient réservés aux plus hauts grades de la hiérarchie. Citerai-je le colonel Brincourt, qui s'est retiré volontairement du service, général de division et grand-croix de la Légion d'honneur, après avoir été ambassadeur en Suède? le colonel Lefebvre, du 2e de zouaves, commandant de corps d'armée? le colonel Mangin, du 3e de zouaves, qui mourut, général de brigade, dans toute la force de l'âge, et chez qui, on peut le dire, la lame avait usé le fourreau? le colonel Garnier, du 51e de ligne, commandant de corps d'armée, grand-croix de la Légion d'honneur? le colonel Aymard, du 61e, mort gouverneur de Paris? le colonel Clinchant, mort gouverneur de Paris? le commandant de Courcy, mort récemment, après avoir commandé en chef le corps du Tonkin? le commandant Delebèque, commandant de corps d'armée? A quoi bon allonger cette liste et rappeler le grand rôle militaire ou politique joué depuis par les hommes qui étaient arrivés au Mexique, chefs d'escadrons ou capitaines d'état-major : le général Billot, le général Lewal, le général Varnet, le général de Galliffet? Et dans l'artillerie, le général baron Berge, le général de Miribel, le général Mercier, le général de la Jaille, etc.
Le premier aide de camp du général en chef était le commandant d'Ornant, qui réussissait, en transmettant les ordres de son chef, à en atténuer la raideur et la brusquerie, à force d'aménité. Au quartier général, il y avait un bureau politique , dirigé par un chef de bataillon des voltigeurs de la Garde, le commandant Billard. Nos relations d'Afrique avaient amené entre nous une intimité que des dissentiments politiques ont fait disparaître, lorsqu'il eut fait son chemin plus tard,