OPÉRATION DE CHANGE
remettre, de gré ou de force, contre pareille somme en doublons d'Espagne ou en billets.
En arrivant à Téhuacan, le colonel Jollivet trouva les a puros », c'est-à-dire les libéraux, postés à l'entrée de la ville et disposés à la lui barrer. Ils furent chargés et sabrés d'importance par l'escadron du capitaine Aubert, qui nous rapporta de là une véritable moisson de lances. La colonne n'eut pas d'autre perte que celle du cheval du colonel Jollivet, qui s'était mis à la tête de l'escadron pour charger. En sautant un fossé, l'animal désarçonna son cavalier, continua de charger pour son propre compte et se laissa prendre. Il fut rendu, longtemps après, au colonel, à Mexico, et en très bon état d'entretien. C'était un beau normand; mais comme il n'était pas apte à la reproduction, il n'avait pas grande valeur pour les Mexicains, qui cherchaient surtout à améliorer leurs races avec nos étalons arabes. A Téhuacan, on trouva non pas 300,000, mais 500,000 francs en pièces d'argent. On trouva aussi une grande provision de sel, et ce fut un grand soulagement pour l'armée, car elle manquait à la fois de monnaie et de sel.
Pendant cette expédition, j'avais continué ma route avec le reste du convoi, en me joignant à la colonne du commandant Capitan. Nous franchîmes en un jour les huit lieues qui séparent Puente-Colorado de Palmar. Après être descendus des Grandes-Cumbrès, il fallut grimper dans les Petites , qui n'étaient pas moins raides; mais, parvenus à leur sommet, nous débouchâmes tout à coup sur un plateau immense, mollement ondulé et bordé, à l'horizon lointain, par une ligne bleue de montagnes qui semblaient assez basses.
Cette plaine était à plus de deux mille mètres audessus du niveau de la mer. On fit la grande halte à un petit bourg, bâti en pierre, et appelé la Canada, où étaient cantonnées deux compagnies du 99e de ligne, chargées de garder la sortie des défilés. Et notre con-
voi piqua droit sur Palmar, au milieu d'interminables champs de maïs, et aussi au milieu d'une poussière aveuglante ; car cette terre fertile est extrêmement meuble, et, pendant la sécheresse, un oiseau, en s'y posant, soulève un petit tourbillon.
Enfin, le soir de ce même jour, avec la joie intense du propriétaire qui retrouve son chez-soi, et du père de famille qui rentre chez les siens, je couchai au milieu de mes chasseurs d'Afrique, cantonnés, non pas à Palmar même, mais à un kilomètre plus loin, à l'hacienda de San-Pietro, aux avant-postes, à leur place. On m'avait réservé une chambre, à l'hacienda, et après être allé rendre mes devoirs au général Douay, ainsi qu'à mon chef direct et ami, le général de Mirandol, je m'y logeai et y vécus aussi heureux que le permettait l'état encore précaire de ma santé. Après la petite expédition de Téhuacan, le second escadron était venu rejoindre le premier, et j 'avais sous la main tous les braves gens avec lesquels j'avais fait la traversée. Le service n'était pas fatigant, loin de là. Au milieu de cette plaine, notre tâche de surveillance et d'exploration était facile, et nous n'avions rien à redouter de l'ennemi. Tous les efforts des libéraux se concentraient sur les préparatifs de défense de Puebla. De notre côté, et sur notre front, ils se bornaient à faire circuler des patrouilles qui avaient pour mission de faire le vide devant nous, en brûlant les moissons et en empêchant les indigènes d'approvisionner nos marchés. On explorait la plaine avec des lorgnettes. Quand on apercevait, dans le lointain, un groupe de lances mexicaines, un peloton de chasseurs montait sur les chevaux, sellés d'avance, et partait au grand galop. Jamais les Mexicains ne les attendaient, et, dès qu'apparaissaient les vestes bleues, les patrouilles ennemies s'envolaient. C'était donc le repos, agrémenté de promenades hygié niques, pour les hommes et les chevaux. Du reste, h