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INACTION

visionnions, et aussi de nous emparer des nombreux moulins que contenait la petite ville, et qui nous étaient devenus nécessaires pour constituer nos réserves de farine. Guetchetolac était occupé par les deux brigades d'observation des généraux Carbajal et Rocas , qui détachaient, journellement, les patrouilles que nous avions, journellement, la peine de mettre en fuite. Ils ne songèrent ni à résister sérieusement , ni à détruire les moulins que nous visions. Quelques meules brisées furent vite réparées, et presque aussitôt, sous les ordres de l'Intendance, le service de la meunerie entra en activité. Le général Douay était établi à Guetchetolac avec le gros de ses forces : deux bataillons de zouaves, un bataillon de chasseurs à pied , un bataillon de fusiliers marins, un demi-bataillon du 99e et une batterie d'artillerie; le tout éclairé par trois escadrons, les deux miens et un du ierde chasseurs d'Afrique. En même temps, le colonel Jollivet, avec son 95e de ligne, allait occuper, à deux lieues sur notre gauche, une autre petite ville appelée Técamachalpo , se reliant à nous par le poste intermédiaire d'Agua-Guetchetolac, où commandait le capitaine Petit, de mon régiment, ayant sous ses ordres trois compagnies de chasseurs à pied et la moitié de son escadron. Notre extrême droite touchait à San-Andrès. Nous présentions ainsi un front solide, derrière lequel l'Intendance pouvait se mouvoir dans une large zone.

L'état-major avait assigné à chaque corps de troupes un quartier de la ville, sans se préoccuper le moins du monde de la population, avec laquelle, d'ailleurs, nos troupiers firent tout de suite bon ménage. Du reste, ces malheureux Indiens ou métis avaient fait un long apprentissage de la résignation. Depuis un temps immémorial, ils étaient pillés tantôt par les uns, tantôt par les autres; mais toujours pillés, toujours victimes, toujours opprimés. Ils étaient réduits à l'état passif le

plus complet, et, au moral comme au physique, ils semblaient totalement abrutis. Le clergé exerçait sur eux une influence considérable, mais il ne s'était jamais préoccupé, il faut le reconnaître, de relever leur niveau moral, et de la religion chrétienne, ces pauvres diables ne connaissaient que les pratiques extérieures, auxquelles ils étaient, par exemple , complètement asservis. Au fond, ils étaient restés des idolâtres. Seulement, au lieu d'adorer les idoles informes d'autrefois, ils adoraient des statues de l'Enfant Jésus et de la Vierge, auxquelles ils reconnaissaient un pouvoir surnaturel.

Nous restâmes là longtemps, piétinant sur place, dans l'inaction et l'impuissance. Le gros matériel destiné au siège de Puebla était encore à la Vera-Cruz, et nul ne pouvait prédire quand il parviendrait sut le plateau de l'Anahuac. L'absence du commandant en chef arrêtait toutes les opérations, car le général Forey, qui maintenait en bride ses lieutenants, aurait trouvé fort mauvais qu'ils se permissent le moindre fait de guerre, en dehors de sa direction et de sa surveillance. On s'ennuyait donc ferme, et nos jeunes officiers n'avaient même pas la ressource, toujours appréciable en pareil cas, de rechercher auprès de Vénus les consolations que Mars leur refusait momentanément ; car toutes ces Indiennes étaient fort peu attrayantes, et il n'était même pas prudent de goûter auprès d'elles les charmes de l'amour partagé.

Je rencontrai, par le plus grand des hasards, à Guetchetolac, un de mes anciens camarades d'Afrique, nommé Budin, dont j'avais fait la connaissance à Oran, alors qu'il était sous-officier d'infanterie et secrétaire du chef d'état-major, et alors que j'étais moi-même maréchal des logis de spahis. A l'expiration de son congé, Budin entra comme petit employé aux Finances. Il y fit son chemin, puisque, à la campagne d'Italie, il

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