ENFIN
était payeur général de l'armée. L'Empereur, satisfait de ses services, le récompensa par une recette générale. Puis, dans ses illusions, il lui confia la mission de réorganiser les finances du Mexique.
Budin était donc à notre cantonnement, suivant philosophiquement l'armée, cherchant à s'instruire et à voir clair dans ce chaos qu'on appelait « la Dette mexicaine ». Il remplissait des fonctions plus illusoires encore que celles de mon cuisinier Dargenson : les fonctions de ministre des finances in partibus de notre future conquête . Il avait pour compagnon de route un négociant français, M. Toscan, possesseur d'une grande maison de commerce à Mexico, et qui, comme tous nos nationaux établis au Mexique, était résigné aux fantaisies du fisc local, nous avait vus arriver sans enthousiasme, et n'approuvait guère notre intervention qu'à cause des profits qu'il en espérait.
Cependant, janvier finissait. Le matériel de siège commençait à atteindre Orizaba. Une batterie de 12 de réserve avait même paru sur le plateau de l'Anahuac. Le moment arrivait où l'on allait pouvoir remuer, et certes il était temps, car une plus longue inaction aurait fini par démoraliser l'armée. Les officiers ne comprenaient plus rien aux tergiversations du commandant en chef, qui restait à Orizaba pour donner à son chef d'état-major le temps de se guérir d'une fracture de la jambe, et leurs dispositions frondeuses se répercutaient, en s'aggravant, sur leurs hommes. Les Mexicains, parfaitement au courant de la situation, l'exploitaient. Leur gouvernement nous inondait de proclamations où il affirmait ses sympathies pour la France, son admiration pour l'armée. « L'Empereur était trompé, disait-il, autrement jamais Napoléon III n'attenterait à l'indépendance d'un peuple, pour lui imposer un gouvernement abhorré. »
Déjà, surtout dans les régiments arrivés les premiers,
39o MES SOUVENIRS.
on signalait quelques désertions. Elles avaient l'avantage de débarrasser l'armée de ses plus mauvais soldats, et de rejeter hors de ses rangs des hommes qui n'étaient pas dignes d'y figurer. Mais il n'aurait pas fallu, cependant, que cela durât trop longtemps, car, après les mauvais sujets, les médiocres s'en seraient allés. Aussi voyait-on arriver avec joie le moment où l'on n'aurait plus de relations avec l'ennemi qu'à coups de canon. En poussant tout son monde en avant, le général Forey ne s'était pas inquiété de savoir si les troupes destinées à marcher ensemble étaient bien les unes à côté des autres, et si elles avaient toutes leurs chefs naturels. Maintenant que le corps expéditionnaire avait grimpé et se développait sur le haut plateau, avant de l'emmener sous les murs de Puebla, dont aucun obstacle ne le séparait plus, il fallait tout remettre en ordre et tout reconstituer. Il fallait surtout répartir à nouveau la brigade de cavalerie du général de Mirandol, dont les éléments étaient épars de tous les côtés. Le général en chef commença par garder, pour le service du quartier général, un escadron du 5e de hussards, commandé par le capitaine Barbut, celui dont j'ai déjà raconté l'histoire après le désastre de Sidi-Brahim, alors que, maréchal des logis chef et prisonnier des Arabes, il échappa au massacre ordonné par Abd-el-Kader, grâce à son double galon qui le fit prendre pour un officier. Je l'ai retrouvé, bien plus tard, à Tours où il a pris sa retraite comme colonel de dragons, en 1875. Puis chacun des deux régiments de la brigade fut attribué à l'une des deux divisions d'infanterie. Le premier régiment de marche, colonel de Brémond d'Ars, resta à la division Douay, et je passai, avec le second régiment de marche, sous les ordres du général Bazaine, qui disposait déjà d'un des escadrons du 12e de chasseurs, avec le lieutenant-colonel Margueritte. Le deuxième escadron des chasseurs arrivait d'Orizaba, avec le com-