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RÉPARTITION DE LA CAVALERIE

mandant Carrelet, et ainsi mon régiment se trouvait complété.

Rationnelle à première vue, puisqu'elle donnait à chaque moitié de l'armée une force égale de cavalerie, cette organisation était en réalité défectueuse. Réunis, en un jour de bataille, nos huit escadrons eussent été irrésistibles. Les séparer en deux, c'était diminuer de moitié leur influence sur le combat. Et puis, avec lequel des deux régiments marcherait le général de brigade qui n'avait plus de rôle personnel? Le général de Mirandol demanda et obtint de venir à la division Bazaine. Il n'avait pas fait bon ménage avec le général Douay , qui était brigadier , comme lui , quoique commandant la deuxième division, qui avait le commandement net et brusque. De Mirandol, aigri par les souffrances de sa captivité, chétif, original, entêté, prêtant quelquefois à rire par une tenue négligée, ne pouvait pas sympathiser avec son camarade, plein de force et de santé, fastueux et rude. D'ailleurs, le général Douay ne fit rien pour le retenir. Il pensait qu'un colonel était plus que suffisant pour commander les quatre escadrons qui lui restaient. Quant à moi, je n'étais pas fâché d'être en sous-ordre derrière le général de Mirandol, car je l'aimais, je le connaissais, et je savais qu'au feu, cette âme devenait un foyer intense de force morale, dont je profiterais comme les autres. Mais la véritable victime de cette combinaison fut le pauvre Margueritte, qui, indépendant ou à peu près jusque-là, passait à la troisième place, après avoir espéré qu'on formerait pour lui un troisième régiment de marche, éventualité qui ne se réalisa que plus tard, et dont il ne profita pas.

Pour rejoindre la division Bazaine, qui, de Perrotte où elle avait séjourné longtemps, se dirigeait sur Nopaluca, nous dûmes rétrograder, revenir d'abord à Palmar et ensuite à San-Andrès. C'était bien la plus

jolie petite ville que j'eusse encore vue au Mexique. Elle était bâtie sur le modèle des autres, mais mieux entretenue et pleine de jolies maisons, en outre, habitée par des créoles, c'est-à-dire par des Espagnols nés dans le pays, et très sympathiques à l'intervention française. Ses environs avaient été, au commencement de l'occupation, le théâtre d'un court mais brillant combat, où un escadron du Ier de chasseurs d'Afrique, sous les ordres du commandant Jamin du Fresnay, avait décidé le succès par une charge vigoureuse. Aucune famille n'avait émigré, et non seulement nos troupes avaient été bien reçues, mais il n'était bruit que de trois bals échangés par les officiers, la municipalité et la société, pour témoigner du plaisir qu'on avait à s'être rencontrés. C'est très caractéristique, car, partout ailleurs, la société mexicaine se tenait sur la réserve.

Nous partîmes de San-Andrès, avant quatre heures du matin, par un froid sibérien. Nous avions tous la barbe et les moustaches garnies de glaçons produits par la congélation de notre haleine, comme les grognards de la retraite de Moscou . Cet abaissement extraordinaire de la température c ;t commun dans cette partie du Mexique, car, tant qu'il n'a pas été réchauffé par les rayons du soleil, l'air, qui a caressé les neiges éternelles du pic d'Orizaba et des sommets de la Cordillère, arrive glacé. Et, sur les hauts plateaux qui constituent les Terres-Froides, en plein midi, il suffit de passer du soleil à l'ombre pour contracter un refroidissement souvent fort dangereux.

Le 10 février, de très bonne heure, nous trouvâmes à l'hacienda de don José Orlando le général Bazaine, assez inquiet. Il avait laissé derrière lui un grand convoi de bagages, et on venait de lui apprendre que ce convoi aurait affaire à des guérillas mexicaines. Le n, le général nous fit repartir pour une hacienda appelée El Ojo de Agua (l'œil de l'eau) , où nous laissâmes nos

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