CONVOI ATTAQUÉ
bagages pour faire, à la légère, une grande reconnaissance sur la route de Perrotte. Nous ne vîmes rien. En chemin, nous avions été rejoints par le 3e de zouaves et une batterie de campagne. Il était minuit passé quand nous rentrâmes à notre hacienda.
Le 12, dans la matinée, nouvelle reconnaissance. A 11 heures, on nous signala le convoi dans le lointain. Il était assailli par deux régiments de cavalerie mexicaine, et le bataillon d'infanterie, qui l'escortait, s'était mis en état de défense. Laissant les zouaves et l'artillerie derrière lui, le général de Mirandol fit prendre à mes deux escadrons de chasseurs d'Afrique le grand trot que nous soutînmes pendant quatre lieues. A notre approche, les Mexicains lâchèrent le convoi. Nous filions, enveloppés d'un nuage de poussière qui cachait nos uniformes, de sorte que, en nous voyant arriver, le bataillon d'infanterie qui défendait le convoi ouvrit sur nous un feu très vif. Nous entendîmes siffler sur nos têtes des balles françaises qui, heureusement, ne nous atteignirent pas. L'officier qui commandait le premier peloton, déployé en fourrageurs, eut la présence d'esprit de s'arrêter, afin de laisser tomber la poussière, et d'envoyer en avant un sous-officier, accompagné d'un trompette, qui sonna des demi-appels pour faire cesser le feu. L'erreur reconnue, nous reprîmes notre marche. Les Mexicains n'étaient pas encore assez loin pour que nous ne pussions les atteindre, grâce à la supériorité des allures de nos chevaux arabes. Ils commirent, d'ailleurs, la faute de faire halte pour essayer de nous arrêter nous-mêmes par le feu de leurs carabines, et là nous eûmes, encore une fois, la preuve de l'inefficacité du tir à cheval, car cette manœuvre perdit les Mexicains, en nous donnant le temps de les aborder impétueusement. Us furent mis en pleine déroute et se sauvèrent, laissant sur le terrain des hommes, des chevaux et quantité de lances
inoffensives. Nous rentrâmes, à dix heures du soir, à Ojo de Agua, ayant fait vingt lieues dans la journée, sans compter la course de la veille. Mais nous ramenions, intact, le convoi, et c'était l'essentiel. Le général Bazaine adressa au commandant en chef, sur ce petit combat, un rapport très élogieux pour mes deux escadrons. D'ailleurs, le général Forey ne ménagea jamais à la cavalerie, dans ses ordres du jour, les témoignages de sa satisfaction pour les services considérables qu'elle lui rendit.
Le 13, il fallut se reposer. Nous avions deux chevaux morts de fatigue et quatre fourbus. Et c'était bien peu, après deux journées pareilles. Le 14, nous rejoignîmes le général de division, qui avait établi son quartier à Nopaluca, gros village n'offrant que de maigres ressources, et réparti ses forces dans les haciendas des environs. J'eus pour mes deux escadrons de chasseurs d'Afrique l'hacienda de San-Juan-Bautista, que je partageai avec le 7e bataillon de chasseurs à pied.
Le générai de Mirandol s'était établi non loin de là, dans l'hacienda de San -Antonio de Tamaris, avec mes deux autres escadrons du 12° de chasseurs et les deux bataillons du 3e de zouaves.
Je passai là un bon mois qui ne fut pas d'une gaieté folle. Je vivais absolument seul, car je n'ai jamais recherché la popularité, et, comme colonel, je n'étais pas très commode. Très fier de mon régiment, très désireux de maintenir le bon renom qu'il s'était acquis en Afrique, j'exigeais, avec la dernière inflexibilité, que la tenue fût aussi belle, aussi soignée, aussi réglementaire en campagne qu'en garnison. Je n'admettais aucune tolérance, aucune défaillance sur ce point. Je me souvenais que, la veille d'Austerlitz, lorsque Napoléon alla visiter ses troupes, bivouaquantsurlaneige,illes trouva astiquant les boutons rassemblés dans la « patience » et soufflant sur les plumets, sortis de leurs gaines, pour