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environ deux mille hommes dans le rang, et quoique, suivant les mœurs militaires en honneur dans l'Amérique du Sud, elle eût, pour ainsi dire, plus de généraux, de colonels et d'officiers que de soldats, ses cadres étaient insuffisants, son administration nulle, ses habitudes en contradiction formelle avec les nôtres, et sa fidélité plus que douteuse. Elle offrait beaucoup d'analogie avec celle que le roi Joseph s'efforça de recruter en Espagne. C'était pitié de voir, dans les marches, cette troupe, composée en majeure partie de cavaliers, mal habillés, mal équipés, d'aspect minable, et suivie par une troupe presque aussi nombreuse de femmes, presque toutes à cheval, elles aussi, qui, arrivées au camp, étaient chargées de tous les soins du ménage, faisaient la cuisine, pansaient les chevaux, brossaient les habits de leurs seigneurs et maîtres, dont les visages rébarbatifs s'environnaient des nuages bleus delà cigarette.
Le général Marquez était un petit homme nerveux, sec, alerte, encore dans toute la force de l'âge. Chez lui, le type espagnol était très accusé, et sans la dureté de son regard qui éloignait la sympathie, il m'aurait rappelé de loin le général Yusuf. Lui, n'avait jamais changé de parti. Il avait toujours appartenu à celui de la réaction et en avait partagé les vicissitudes. On sait qu'il avait prêté son concours au général de Lorencez, lors du premier siège de Puebla. Il n'allait pas rendre beaucoup plus de services dans le second. Il passait pour être très brave, mais fanatique, peu intelligent et impitoyable. J'ai déjà dit qu'on l'avait surnommé le « Tigre de Tacubaya », parce qu'il avait tout détruit, tout massacré dans cette charmante petite ville, où étaient agglomérées les villas des riches habitants de Mexico. On l'appelait aussi « Leopardo », en équivoquant sur son prénom de Leonardo.
Le 8 mars, nous reçûmes les ordres de mouvement,
impatiemment attendus. Nous touchions au terme de notre inaction, la partie active de la campagne allait commencer. Le général Forey, sans plus attendre l'arrivée d'un convoi d'argent qui avait été la cause d'un dernier retard, avait définitivement quitté Orizaba, était venu se mettre à la tête de son armée, en rejoignant le quartier général de la division Douay, portée à Accacingo. Là, pour la première fois depuis son arrivée au Mexique, il tint un conseil de guerre, auquel furent convoqués les deux généraux de division, les chefs des différents services et les deux généraux mexicains Almonte et Marquez. Le général Bazaine s'abstint d'y paraître, sous prétexte que sa présence était nécessaire au milieu de ses troupes, et en réalité, pour ne pas prendre part aux résolutions qui allaient y être décidées et pouvoir réserver complètement sa liberté d'appréciation. C'était une nouvelle preuve de la duplicité dans laquelle il se maintint, depuis le commencement de la campagne jusqu'au jour où il fut parvenu à son but, qui était de supplanter le général Forey dans son commandement.
Au conseil de guerre d'Accacingo, le général en chef exposa la situation dans tous ses détails.
Il n'y avait plus d'illusions à conserver. La garnison de Puebla, forte de vingt mille hommes, commandés par un chef énergique, le général Ortega, qui avait remplacé Sarragoza, mort récemment, était décidée à défendre à outrance la place confiée à son courage et à son patriotisme. L'ennemi avait mis à profit le temps que nous lui avions laissé. Les fortifications de la place avaient été réparées et complétées. Les forts extérieurs, reliés entre eux par des ouvrages de campagne, ne pouvaient plus être enlevés que par un siège régulier, et, grâce aux églises et aux couvents, qui formaient de puissants réduits, le centre de la ville avait été converti en une citadelle redoutable. Le gouver-