CONSEIL DE GUERRE
nement mexicain n'était pas resté non plus inactif. Le président Juarez était venu de sa personne à Puebla. Il avait passé les troupes en revue, et, dans un noble langage, leur rappelant leur succès réconfortant de l'année précédente, il leur avait déclaré que la patrie comptait sur elles, pour sauver son indépendance et sa liberté. Puis, profitant de l'enthousiasme des populations, il avait ordonné l'incendie des récoltes, pour nous empêcher d'en user, et l'enrôlement de nouvelles recrues, destinées à former deux armées : l'une, dite de secours, confiée au général Comonfort, ancien président de la République; l'autre, réservée à la défense de Mexico, et enfin la formation de nombreuses guérillas qui devaient intercepter nos communications et nous fatiguer par des attaques incessantes.
Le général en chef, après avoir exposé l'état de l'ennemi, dressa le tableau de nos forces et de nos ressources.
L'armée destinée au siège de Puebla était forte de 26,000 hommes, y compris 2,000 Mexicains auxiliaires. Nos communications avec la côte étaient assurées par deux contre-guérillas, bien commandées, et par 4,000 hommes qui allaient bientôt pouvoir rejoindre l'armée, lorsqu'ils auraient été relevés par une brigade de réserve de 6,000 hommes, prochainement attendue.
La cavalerie, l'artillerie, le train des équipages, les services accessoires comptaient 6,000 chevaux ou mulets. Les services de l'artillerie, du génie, largement pourvus, allaient encore recevoir de nouveaux approvisionnements. Enfin, l'armée traînait avec elle 56 bouches à feu dont 8 de siège, 6 de réserve de 12, 16 de montagne de 4, et 24 de campagne de 4, plus 2 mortiers mexicains.
Après cet exposé, le général Forey mit en discussion les manœuvres à exécuter pour investir la place par des marches de flanc, toujours délicates à opérer
sous le feu de l'ennemi ; enfin la détermination du point d'attaque. Sur cet objet, on discuta longuement sans aboutir. Cependant, on convint tout d'abord qu'on ne renouvellerait pas l'attaque de l'année précédente sur les forts de Guadalupe et de Loretto. Ces points écartés, il ne fallait plus songer à attaquer la ville que par le fort de Carmen, au sud, ou par le fort de San-Xavier et le Pénitencier, à l'ouest, le reste de l'enceinte se trouvant trop puissamment défendu par le feu des forts extérieurs.
Les généraux mexicains insistaient beaucoup pour que l'on choisît le fort de Carmen, assurant que c'était là le côté vulnérable de la place; mais le conseil se sépara sans avoir rien conclu, et le général, se réservant de se prononcer plus tard, expédia aussitôt ses ordres pour le mouvement général en avant.
Le général Douay devait aller occuper la petite ville d'Amozoc, qui, comme pour le premier siège, devait servir de base d'opérations et de grand dépôt à l'armée. Le général Bazaine devait échelonner sa division sut une ligne de cinq lieues de long, d'Amozoc à Nopaluca, donnant la main au général Douay et prêt à opérer un grand mouvement de concentration générale, pour le cas où l'armée mexicaine viendrait offrir la bataille en avant de Puebla. Le 9, Amozoc fut occupé sans difficulté, et le général Bazaine porta son quartier général à Acajete, au centre de sa division. Mauvais bivouac, mauvais gîte, pas d'eau. Le 15 mars, toute la division était concentrée là. Le 16, nous traversions, à notre tour, Amozoc, et toute l'armée marchait en avant, réunie sous les ordres de son général en chef.
Le soir, au bivouac de Chachapa, nous n'étions plus qu'à six kilomètres de Puebla , qu'on commençait à apercevoir des avant-postes; dans la plaine, un peu de cavalerie mexicaine était répandue pour surveiller nos mouvements. La vue de quelques-uns de nos pelotons