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A CHOLULA

M, de Saligny et le commandant Billard se trouvaient ainsi aux deux bouts d'une bascule. Le premier de ces deux diplomates finit par l'emporter sur l'autre, qui, dès le commencement du siège, fut nommé major de tranchée et disparut avant la prise de Puebla, renvoyé en France avec une mission pour l'Empereur. Quant au général Bazaine, il était ce qu'il fut toute sa vie, ambigu et cauteleux. Il voyait le moins possible le général Forey. Il cultivait le plus possible M. de Saligny et avait fini par lui inspirer la conviction que les affaires ne marcheraient bien que lorsque lui, Bazaine, aurait remplacé le général Forey. Le ministre de France travaillait dans ce but, et l'armée en général, je dois le dire, partageait cette conviction.

L'investissement était complet le 19, et, installés à notre lagune de San-Balthazar, nous nous livrions à un service de surveillance actif et rigoureux. Mais avant même que la tranchée fût ouverte , mon régiment allait se distinguer dans un très brillant combat de cavalerie qui lui valut un ordre du jour des plus flatteurs et des récompenses exceptionnelles : ce fut le combat de Cholula.

Le 22 mars, au matin, mes deux escadrons de chasseurs d'Afrique et mon escadron du 12e de chasseurs partaient, avec le général et moi, pour une grande reconnaissance, ne laissant au bivouac que les cuisiniers. Il s'agissait de visiter quelques gros villages répandus dans la plaine, afin de rassurer les populations, en leur faisant connaître les proclamations du général en chef, qui leur rcommandait la tranquillité et leur promettait sa protection. Nous allâmes d'abord à six kilomètres, à Ixtingo-Tchichana, et tout se passa convenablement. Les bons Indiens reçurent notre message avec une docilité silencieuse, et continrent d'autant plus leur émotion qu'ils ne comprenaient pas un mot de la prose du général. Puis, nous gagnâmes, à quatre kilomètres plus loin, Cholula, l'ancienne ville sainte de l'empire az-

tèque, où l'on trouve encore un teocalt, monticule artificiel de soixante mètres de haut, surmonté jadis d'un temple réservé aux sacrifices humains, et que remplace aujourd'hui une chapelle dédiée à Notre-Dame de los Remedios.

La population de Cholula, qui compte ordinairement cinq mille âmes, s'était beaucoup augmentée, par suite de l'émigration d'habitants de Puebla, désireux de se soustraire au siège. Nous entrâmes dans Cholula au bruit de nos trompettes, traversant, pour gagner la place centrale, des rues bordées d'assez jolies maisons et pleines d'une foule considérable et même sympathique. Mes jeunes gens se redressaient sur leurs chevaux, qu'ils faisaient caracoler, et échangeaient des œillades engageantes avec les mafiolas coquettes, qui leur souriaient du haut de leurs balcons. C'était jour de marché. La place était pleine de marchands et de clients. Nous nous formons en bataille sur cette place, et le général m'envoie dire que je peux permettre à quelques cavaliers de descendre de cheval, pour acheter des légumes frais.

L'alcade arrive, salue, et s'abstient consciencieusement de nous prévenir qu'un gros détachement de cavalerie mexicaine avait quitté la ville en nous voyant arriver. Le général, du haut de son cheval, commence à lire la proclamation à l'alcade, lorsque tout à coup éclatent des coups de fusil, tirés sur nous d'une petite éminence qui dominait la ville. Comme par un coup de baguette, la place se vide; marchands et clients s'enfuient dans toutes les directions. En un clin d'ceil, tout mon monde est remis en selle, et nous nous portons au galop sur le mamelon d'où étaient partis les coups de fusil, assez inoffensifs, puisque je n'avais eu qu'un cheval de blessé. Les Mexicains avaient décampé. Je prends position sur le mamelon. Le général, rassuré, me fait dire de renvoyer les hommes au marché, et de

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