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DANS UN CHEMIN CREUX

débrider pour donner à manger aux chevaux. Puis, avec ses officiers d'ordonnance et quelques hommes d'escorte, il se porte en avant.

Quoique nous fussions très unis, le général et moi, il y avait, ce jour-là, entre nous un peu de mauvaise humeur. Il souffrait de ses rhumatismes; je me ressentais toujours de mes accès de fièvre de la Vera- Cruz, j'étais énervé de n'avoir jamais mon régiment complet sous la main et de faire, en somme, un service de chef d'escadrons. Bref, nous étions, tous les deux, agacés l'un contre l'autre.

De l'endroit où j'étais, je dominais une assez grande étendue de pays et j 'aperçus , dans le lointain , une grosse masse de cavalerie qui se dirigeait sur nous. J'envoyai aussitôt mon adjudant-major au général, pour le prévenir que nous allions être attaqués.

— C'est bien, dit-il, que le colonel fasse ce que je lui ai dit.

Au lieu d'obéir, je fis partir en avant deux pelotons, et bientôt une fusillade, engagée entre ces avantpostes et l'ennemi, ne nous laissa plus de doutes sur les intentions de ce dernier.

Cependant le général de Mirandol s'était engagé, avec son escorte, dans un chemin creux qui débouchait sur une vaste plaine plantée de maïs et d'agaves, par conséquent difficile pour les chevaux. Il me fit dire de le rejoindre le plus vite possible, et, comme j'avais tous mes hommes en main, je partis lestement derrière lui, très mécontent, d'ailleurs, le taxant, dans mon for intérieur, d'imprudence et d'entêtement. Nous marchions en colonne par quatre sur cette route encaissée dont les berges, arrivant à la hauteur de nos têtes, nous cachaient à l'ennemi. Il n'y avait pas assez de place pour nous développer davantage.

Tout à coup, un grand bruit de galop ! Mes deux pelotons revenaient grand train, ramenés par les lances

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de tout un régiment de cavalerie mexicaine. Et pas moyen de manœuvrer. Oh ! là, je retrouvai mon Mirandol tout entier, mon Mirandol qui, suivant l'expression d'un de ses camarades d'école, « volait au combat comme un amant entre les bras de sa maîtresse ». Il nous donna l'exemple, et d'un bond de son cheval il fut sur la berge. Instinctivement, chaque cavalier l'imita individuellement, en faisant faire un à droite à son cheval, et en grimpant sur le bord du chemin. Nous sortîmes du chemin creux comme des diables d'une boîte. C'était le désordre, mais notre apparition subite produisit sur la cavalerie mexicaine, qui chargeait nos pelotons, l'effet de la tête de Méduse. Elle s'arrêta net, désunie par sa charge. Nous étions déjà sur elle. L'ennemi s'avançait sur trois lignes. La première, abordée avec un élan irrésistible, fut culbutée sur la seconde qu'elle entraîna avec elle, et la troisième s'enfuit sans nous attendre, mais non sans laisser quelques-uns de ses traînards sous le sabre des chasseurs d'Afrique.

Le succès était aussi complet que possible. Le terrain était jonché de cadavres. Nous avions fait cent prisonniers, et parmi eux le colonel des lanciers rouges de Durango, réputés les plus braves du pays, qui, relevé blessé sur le champ de bataille, nous affirma que son régiment était anéanti. La deuxième et la troisième ligne mexicaine étaient formées, nous ditil, par deux régiments de rifles, c'est-à-dire de carabiniers. C'étaient donc trois régiments, quinze cents hommes, que deux seuls escadrons de chasseurs d'Afrique avaient mis dans la plus complète déroute, l'escadron du 12e de chasseurs ayant été maintenu en réserve. Cette affaire inspira à la cavalerie mexicaine une telle terreur que jamais, depuis, elle n'osa se mesurer avec nous. Outre les prisonniers, nous ramenâmes quantité de chevaux, équipés et harnachés, et plusieurs chargements de lances, de sabres et de cara-

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