UN SUCCÈS
bines. Nos pertes furent les suivantes : le capitaine Petit, blessé mortellement ; mon adjudant-major, le capitaine Bossant, blessé grièvement d'un coup de lance à l'épaule; un maréchal des logis et quatre chasseurs tués, et dix-huit blessés plus ou moins gravement.
Ce succès, réellement très glorieux pour mon régiment, frappa d'autant plus les imaginations qu'il eut pour spectateurs non seulement toute la population de Cholula qui, du haut de ses terrasses, assista au combat livré aux portes de sa ville, mais encore deux bataillons de zouaves et deux escadrons du 2e de chasseurs d'Afrique qui arrivaient par hasard à Cholula, escortant l'intendant général, et qui eussent été pour nous une puissante réserve, si la fortune nous eût trahis. Enfin, dans le lointain, du haut du Cerro San-Juan, où était établi son quartier général, le général en chef lui-même put suivre, avec sa lorgnette, toutes les péripéties d'un combat dont il fut ravi. Nous rentrâmes dans Cholula, pour nous débarrasser de nos prisonniers et de nos blessés, que nous confiâmes aux zouaves, et pour nous occuper des détails qu'entraîne forcément un combat. Et le soir, nous repartîmes, par un orage épouvantable, sous une pluie torrentielle. Notre retour fut encore attristé par un accident terrible. Un cheval échappé galopait le long de la colonne. Un officier du 12e de chasseurs étendit le bras pour l'arrêter, et, au lieu de la bride, il saisit le pistolet d'arçon qui, sorti des fontes, pendait au bout de sa lanière. Le pistolet partit si malheureusement que le pauvre officier, atteint en plein corps, fut tué net. Arrivés à Ixtingo par hasard, car nous marchions comme dans un four, le général réquisitionna pour nous éclairer les grosses lanternes d'église qu'on porte au bout d'un bâton, dans les processions. D'ailleurs, depuis notre succès, nous ne rencontrions plus que des gens disposés à nous servir, et ceuxd'Ixtingo se mirent d'eux-mêmes, avecleurs
lanternes, à la tête de nos pelotons, qui firent ainsi une rentrée d'opéra-comique à leur bivouac, sous Puebla.
Là, les marmites bouillaient dès le matin. Les ragoûts de Dargenson mijotaient doucement depuis douze heures, et à minuit, fourbus, mais enchantés, après avoir servi le souper des chevaux, nous prîmes tous un bon repas avant de nous coucher.
Le lendemain, à dix heures du soir, à six cents mètres de la place, on ouvrait la première parallèle contre F « arrogante » Puebla. Le 25, le génie traçait une seconde parallèle à trois cent cinquante mètres, et l'artillerie commençait la construction de ses batteries. L'ennemi ne semblait pas songer à contrarier nos travaux d'approche et se contentait de tirer quelques coups de canon, qui faisaient peu de mal à nos troupes, très habilement abritées. Le 26, l'artillerie française ouvrit son feu, qu'elle soutint très énergiquement pendant deux jours.
Le 28 fut un jour de fête pour mes deux escadrons. Le général en chef les passa pompeusement en revue et leur adressa, de vive voix et par un ordre général, de très chaleureuses félicitations. Le commandant de Tucé reçut la croix d'officier de la Légion d'honneur. Le pauvre capitaine Petit, qui allait mourir à l'ambulance, fut fait chevalier, ainsi que le capitaine Perrin et le lieutenant Compagny. Six médailles militaires furent distribuées à des sous-officiers et à des cavaliers.
Le soir, les travaux d'approche étaient arrivés à 70 mètres du saillant du bastion, qui fut battu en brèche, toute la nuit et toute la journée du lendemain. De notre bivouac de San-Balthazar, nous suivions, minute par minute, le drame militaire et les effets destructeurs de notre artillerie rayée, dont les coups frappaient, avec une précision mathématique, le mur du bastion et élargissaient la brèche à vue d'œil.
Dans l'après-midi du 29, cette brèche était jugée