‹ Mes souvenirsChapitre 206 sur 262 · LE PÉNITENCIER · texte numérisé non relu

LE PÉNITENCIER

praticable, et, à cinq heures, la colonne d'assaut s'élançait. Le général en chef avait voulu que l'honneur de cette périlleuse attaque fût réservé aux deux bataillons qui, le 5 mai précédent, avaient échoué dans leur téméraire entreprise contre le fort de Guadalupe : le Ier bataillon de chasseurs à pied et un bataillon du 2e de zouaves. Nous vîmes tous ces braves gens se jeter sur la brèche et la gravir sous le feu le plus violent. Au bout de quelques minutes, le drapeau tricolore, hissé sur le fort San-Xavier, et accueilli par les applaudissements de toute l'armée, annonçait leur victoire.

L'heure de l'assaut n'avait pas été très bien choisie, car, à cinq heures, le 29 mars, il ne restait plus assez de jour pour poursuivre un succès ou réparer un échec. Il fallut se contenter de s'emparer du fort et de se loger dans le gros bâtiment du Pénitencier, sa dépendance, qui, battu toute la nuit par l'artillerie, n'offrait plus un abri bien sûr, et dans lequel on ne se maintint qu'à force d'énergie.

Et puis, tout était-il fini? Puebla était-elle à nous? Hélas ! non. Tout commençait seulement. Puebla n'était pas prise.

J'ai déjà dit plusieurs fois que toutes les villes du Mexique sont constituées par une grande place carrée centrale, entourée de maisons, séparées parde grandes rues, larges, qui se coupent toutes à angle droit. Cette disposition fait donc de chaque îlot de maisons une sorte de quartier particulier, isolé par la largeur des rues et flanqué adroite, à gauche, en avant, en arrière, par des quartiers exactement semblables. Les gens du pays appellent ces îlots des cadres. A Puebla, presque tous ces cadres contiennent soit une église, soit un couvent très solidement bâtis et qui formaient une sorte de réduit. Or, le gouverneur de la place avait fortifié tous ces cadres. Non seulement il y avait du canon dans le réduit central, mais toutes les maisons étaient

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barricadées, toutes les issues minées. Tout était disposé pour que, lorsque l'assaillant aurait forcé l'entrée d'un cadre, soit par des pétards, soit à coups de canon, et lorsqu'il se précipiterait dans l'intérieur, il se trouvât ou bien dans une cour hérissée d'obstacles, ou bien dans une chambre dont il ne pourrait sortir que par l'ouverture qu'il s'était faite, subissant à découvert le feu meurtrier d'ennemis invisibles.

Dans ces cadres, attendaient les soldats mexicains, et certes ce n'étaient pas les prétendus cléricaux qui devaient tombera nos genoux. Ce n'étaient pas davantage les prétendus pauvres diables d'Indiens recrutés au lasso et retenus dans le rang par la force, à ce point qu'on avait dû, disait-on, clouer les portes de leurs casernes poir empêcher les désertions en masse. C'étaient des hommes peu aguerris, incapables de résister en rase campagne à une attaque vigoureuse, fuyant toujours devant une charge à la baïonnette et un combat corps à corps, mais suffisamment tenaces sous le feu à longue portée, et redoutables lorsqu'on les mettait derrière un abri quelconque.

Le siège de Puebla allait fourmiller d'épisodes prouvant le courage des défenseurs et l'habileté des ingénieurs mexicains. Mais aussi, il allait fourmiller d'épisodes prouvant la valeur incomparable du soldat français, l'abnégation sublime de notre vieille armée, car jamais, parmi nos troupes, il n'y eut la moindre hésitation à se jeter, à la suite des officiers, dans ces gouffres carrés d'où sortait la mort.

Donc, le lendemain de la prise du San-Xavier, le siège prit une physionomie particulière ; il devint la guerre des rues. Puebla, violée, se transformait en Saragosse.

Le 30 et le 3 1 furent employés à se consolider dans les positions conquises. Le Ier avril, on élargit un peu notre conquête, en s'emparant, à gauche de Guadalu-

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