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LES CADRES

pita, de quelques îlots, abandonnés, sans grande résistance, par les Mexicains, qui ne les jugeaient pas utiles à leur défense. Le 2, on occupa de même le couvent de San-Marcos.

Mais quand, dans la nuit du 2 au 3, on voulut de nouveau se porter en avant, on se heurta à une résistance tellement opiniâtre qu'il fut impossible de déboucher. En vain le commandant Carteret-Trécourt, le capitaine Lalanne, le lieutenant Gailand entraînent leurs zouaves; les défenseurs, abrités, font un feu d'enfer, et les nôtres se retirent, laissant la rue couverte de leurs morts. Le 6, on fait venir à San-Marcos deux pièces de 12, qui abattent un pan de mur, en face d'elles. Le lieutenant Gailand se précipite à la tête d'une soixantaine de zouaves. Il pénètre dans une chambre basse, qui n'a pas d'autre ouverture que la brèche par laquelle il est entré et doit se retirer.

Ce même jour, l'armée française perdit le général qui commandait l'artillerie, le beau de Laumière, comme on disait. L'avant- veille de l'assaut, dans les tranchées, pendant qu'il établissait la batterie de brèche, il avait été frappé à la tête d'un éclat d'obus. Il fut transporté immédiatement à l'ambulance, où les médecins qui l'entouraient crurent bientôt pouvoir répondre de sa vie. Se croyant lui-même en convalescence, il envoya son officier d'ordonnance , notre vieil ami le caïd Osman, chercher la voiture qui devait le transporter à son quartier général. Quand le caïd revint, il trouva le général étendu par terre, mort. Les médecins expliquèrent qu'une esquille intérieure avait dû se détacher du crâne et déchirer le cerveau.

Cependant, depuis une semaine déjà, on se battait, on s'entre-tuait sans pouvoir avancer. C'était maintenant le général Douay qui commandait les troupes, acharnées à la prise de la ville , tandis que le général Bazaine était plus particulièrement chargé des opéra-

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tions extérieures. On commençait à remarquer qu'une fois encore, le général Forey se confinait dans l'abstention majestueuse qui avait tant fait jaser, alors qu'il semblait ne pas vouloir quitter Orizaba. Il n'avait pas paru dans les endroits où l'on se battait. Il était resté à son quartier général du Cerro San -Juan. Il se décida pourtant, le 6, à paraître, et reconnut qu'avec les moyens jusqu'alors mis en usage, il était impossible d'avancer sans perdre du monde en quantité. Il recommanda d'employer plus largement, pour l'attaque des cadres, le canon et la mine. C'était fort sage, mais pas très facile à exécuter. On ne pouvait pas employer beaucoup de canons, parce qu'il fallait ménager nos provisions, qui n'étaient ni inépuisables, ni faciles à renouveler, et on ne pouvait pas se livrer à de grands travaux d'excavation, parce que Puebla est, en grande partie, construite sur le roc.

Le lendemain , le général Forey réunit au quartier général un grand conseil de guerre, en même temps qu'il donnait l'ordre aux troupes de se fortifier dans les quartiers conquis et d'attendre. L'intendant général Wolff, qui assistait à ce conseil, en a donné un récit coloré et pittoresque. Cette fois-là, le conseil fut au complet, et le général Bazaine avait consenti à s'y rendre.

Le matin, l'armée avait rendu les honneurs funèbres au général de Laumière, et sur la tombe ouverte, le commandant en chef avait prononcé une allocution qui se terminait par ces mots énergiques : « Nous mourrons tous, moi le premier! Mais nous prendrons Puebla. » Remarquons que cette phrase, qui produisit beaucoup d'effet, est le fond même, la formule obligatoire de tous les discours guerriers, depuis l'allocution classique de la Spartiate, qui disait à son fils, en lui remettant le bouclier : « Reviens dessus , ou avec ! » jusqu'au fameux : « Je ne rentrerai que mort ou victorieux! » du général Ducrot, qu'en même temps, à peu

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