CONSEIL DE GUERRE
près, Gambetta traduisait, par cette autre phrase : « Faisons un pacte avec la victoire ou avec la mort ! »
Aussi les chefs de l'armée furent-ils surpris d'entendre l'orateur du matin exposer ses anxiétés , ses craintes de voir tomber dans les rues de Puebla tous les éléments vigoureux de cette armée, et cette idée que la situation devenait intolérable. Il termina en proposant d'attaquer à nouveau la place par le sud, par le fort de Carmen, tout en continuant la guerre des cadres avec du canon et de la mine.
Le lieutenant-colonel Lafaille, qui remplaçait provisoirement le général de Laumière comme commandant de l'artillerie, fit remarquer que les canons de campagne seraient impuissants à abattre les murs des couvents et des églises, et que nos huit pièces de siège ne pouvaient pas être mises en position dans les cadres. Il déclara, en outre, que nous n'avions plus assez de munitions pour entamer un second siège, et qu'il ne nous restait plus que six cents kilogrammes de poudre de mine. Il conclut, par conséquent, qu'il fallait attendre l'arrivée d'un grand convoi de munitions.
Après l'avoir entendu, le conseil repoussa les propositions du général en chef. Alors, le général Forey proposa à ses auditeurs stupéfaits un plan qu'il leur présenta comme une inspiration de génie due à un jeune officier d'état-major. On a raconté que cet officier aurait été le capitaine Billot, mais je n'affirme rien. En tout cas, l'inspirateur était l'instrument conscient ou inconscient de M. de Saligny, car il s'agissait tout simplement de lever le siège de Puebla, d'évacuer nos malades et nos blessés sur Cholula, et de marcher sur Mexico.
Politiquement et militairement, c'était de la démence. Une pareille reculade devait rallier toute la nation mexicaine à Juarez, nous couvrir de honte et de ridicule, justifier toutes les attaques de l'opposition en 11. 27
4i8 MES SOUVENIRS.
France, et tous ces discours enfiellés qui servaient déjà de bourre aux balles de l'ennemi. Et puis, nous n'avions pas assez de monde pour marcher sur Mexico, tout en maintenant l'investissement de Puebla, et en laissant garnison à Cholula ! Nous n'avions pas assez de munitions pour continuer le siège de Puebla, et nous allions risquer celui de Mexico , qui, comme Puebla, contenait des cadres, des couvents, des églises, une citadelle, une armée enthousiaste ! de Mexico, presque complètement entouré d'eau, qu'on ne peut aborder que par des chaussées étroites et longues ou, en faisant un long détour, par des terrains volcaniques d'un très difficile accès. Et nous allions essayer ce coup de tête, ayant derrière nous les vingt mille valeureux assiégés de Puebla! devant nous l'armée de secours de Comonfort ! C'était le désastre certain et la déroute assurée.
Et cependant ce projet insensé conquit tous les suffrages du conseil. Trois hommes seuls s'y opposèrent : le chef d'état-major, colonel d'Auvergne, le sous-chef d'état-major, lieutenant-colonel Manèque, et l'intendant général Wolff. Ce dernier déclara que l'abandon du siège, après un insuccès, serait à coup sûr interprété, en France et au Mexique, comme un acte de faiblesse, et que le moment de reconnaître notre impuissance lui semblait encore loin. « Au surplus, ajouta-t-il, quoi que l'on décide, l'administration est prête. »
Mais le général Douay, mais le général Bazaine votèrent pour la levée du siège et la marche sur Mexico. « Nos hommes n'en veulent plus », disaient-ils en parlant de la guerre des cadres. C'était faux, et d'ailleurs ils n'en savaient rien, puisqu'ils n'avaient pas marché à la tête de leurs hommes. Enfin, c'était une injure qu'un instant de faiblesse devant San-Marcos ne justifiait pas et dont mille traits d'héroïsme allaient encore démontrer l'injustice.