‹ Mes souvenirsChapitre 21 sur 262 · UN DOCUMENT · texte numérisé non relu

UN DOCUMENT

bataillon de zouaves sur la brèche. Il était le second fils de l'illustre général Morand, le chef de l'une des trois fameuses divisions de Davout, à Auerstaedt, l'auteur de V Armée suivant la Charte. Il avait deux frères qui, comme lui, moururent au feu, dans les grades supérieurs.

Malgré mon horreur pour ce qu'on appelle le document, et quoiqu'il soit bien stipulé, entre le lecteur et moi, que j'écris des Souvenirs et non de l'histoire, je crois devoir transcrire ici le récit officiel de la prise de Laghouat, parce qu'il est signé : PÉLISSIER.

Le voici tel qu'il a paru dans le Moniteur du 14 décembre 1852 :

« Le gouvernement a reçu, au sujet de la prise de Laghouat, les deux rapports suivants, qui contiennent des détails du plus haut intérêt :

« Quartier général de Médéah, le 6 décembre, à dix heures du soir.

« Monsieur le ministre,

« L'Empire vient d'être proclamé à Laghouat par une brillante victoire.

« Je vous envoie, sans perdre un seul instant, le rapport émouvant de M. le général Pélissier sur ce brillant fait d'armes. Je n'attendais pas moins de nos braves bataillons, du courage et de l'intrépidité de leurs chefs, de la valeur de nos généraux, enfin delà vigueur et de la haute intelligence de M. le général Pélissier. L'artillerie, le génie, l'infanterie et la cavalerie qui ont eu le bonheur de contribuer à la prise de Laghouat ont bien mérité du pays et de l'Empereur.

« Je m'empresserai de vous communiquer les détails plus circonstanciés de cette belle affaire, dès qu'ils me seront parvenus, et de vous soumettre la proposition de récompenses pour les officiers, les sous-officiers et

soldats qui se sont le plus particulièrement distingués. « Agréez, Monsieur le ministre, l'assurance de mon respectueux dévouement.

« Le gênerai de division, gouverneur général de l'Algérie,

« Randon. »

« Au quartier général de la maison de Ben-Salem, sous Laghouat, le 4 décembre 1852, à midi.

« Monsieur le gouverneur général,

« Je vous ai rendu compte, hier au soir, des dispositions que j'avais prises pour la journée de ce jour. Au lever du soleil, je me suis porté à la batterie de brèche établie au marabout de Sidi-el-Hadji-Aïssa. Les travaux avaient été poussés pendant la nuit avec une parfaite intelligence et une rare vigueur par M. le capitaine Brunon du génie et le lieutenant d'artillerie Carentiel, sous les ordres du général Bouscaren. Je trouvai l'établissement de cette batterie assez complet et la disposition du front d'attaque assez favorable pour arriver promptement à une brèche praticable et pouvoir livrer l'assaut. Malheureusement, comme du col jusqu'à la batterie on était obligé de passer sous une pluie de balles, parties des tours et des jardins, et dont il était impossible de « se défiler », le brave général Bouscaren fut blessé grièvement à la jambe pendant le trajet; mais j'espère que cette blessure n'aura pas de conséquences funestes.

a A sept heures, je donnai l'ordre d'ouvrir le feu et de détruire les trois tours et les courtines qu'il fallait renverser pour entrer dans la ville. Ce feu fut admirablement conduit par le lieutenant Caremel, officier dont je ne saurais trop louer le sang-froid, le courage et la bravoure. Les assiégés nous répondirent par une mousqueterie violente et par le tir de leur pièce dont plu-

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