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L'ASSAUT

sieurs boulets se logèrent dans le marabout qui servait de coffre à notre batterie; mais leurs efforts furent inutiles; les tours et les courtines furent bientôt échancrées par nos boulets et nos obus, et vers dix heures, la brèche se trouvait praticable.

« J'avais prévu ce moment et donné tous mes ordres pour la disposition des colonnes d'assaut. Deux bataillons de zouaves, l'un du Ier régiment, sous le commandement du chef de bataillon Barrois , l'autre du 2e, sous celui de M. le commandant Malafosse, devaient se réunir sur la brèche en passant, le premier sur le versant est du marabout, le second sur le versant ouest. Le commandant Morand, avec son bataillon du 2e de zouaves, devait servir d'appui à l'attaque, et enfin le lieutenant-colonel Gérard, avec deux compagnies d'élite du 50e et les compagnies d'occupation du marabout, devait assurer les derrières et les flancs des colonnes d'assaut. Lorsque mon aide de camp, le capitaine Renson, que j'avais chargé de veiller à cette organisation de l'attaque, vint m'avertir que tout était prêt, et que le capitaine Brunon du génie m'eut confirmé dans mon appréciation que la brèche était praticable, je fis sonner la marche des zouaves et la charge. Les deux premières colonnes s'élancèrent comme l'ouragan et balayèrent les défenseurs delà brèche, malgré la résistance la plus fanatique et la plus opiniâtre; je m'élançai avec mon état-major et M. le colonel Clerc à la tête de la colonne Morand, et quand j'eus franchi la brèche, je compris que la ville était à nous.

« Les trois bataillons de zouaves descendirent comme un fleuve de la position dominante qu'occupaient les tours, et, électrisés par leurs braves commandants, se dirigèrent vers la maison de Ben-Salem , espèce de citadelle qui domine la ville; le lieutenant-colonel Deligny en fit enfoncer la porte, et bientôt l'aigle du 2* de zouaves et mon guidon de commandement flottèrent

sur le minaret de cette maison, où le chaouch Ahmoudben-Abd-Allah entra le premier; à partir de ce moment, Laghouat était à moi.

a J'étais convenu avec le général Yusuf qu'il commencerait son escalade sur la pointe nord de la ville, dès qu'il apercevrait la fumée d'un feu que je devais faire allumer sur le mamelon dominant de Sidi-el- Hadji-Aïssa. La fumée du canon et delà mousqueterie absorbait celle du signal; mais à la cessation du feu de la batterie de brèche et au bruit de notre sonnerie de la charge, cet officier général enleva les campements qu'il avait devant lui, fit appliquer ses échelles et bientôt franchit les murailles avec un élan irrésistible. Bientôt nous nous donnâmes la main, et son guidon flottait à côté du mien sur la maison de Ben-Salem.

« Cette opération que je ne puis vous décrire que d'une manière très sommaire, afin de ne pas retarder d'un instant la nouvelle d'un succès si honorable et si glorieux pour nos braves troupes, a été brusquée avec une vigueur admirable. C'était un spectacle magnifique, Monsieur le gouverneur général, et qui fit battre toutes les âmes généreuses, que ce double assaut qui rappelle nos meilleurs jours. Je ne saurais vous dire combien j'en suis fier, non pas pour moi, mais pour nos soldats, si beaux quand ils franchissaient les murailles au cri de : Vive V Empereur ! et saluaient d'acclamations enthousiastes l'apparition de l'aigle du 2e de zouaves sur la maison de Ben-Salem.

« Quand j'aurai réuni les rapports des chefs de corps, je vous raconterai le tout en détail et je vous citerai les noms qui méritent le plus de fixer votre attention. En attendant, je dois, dans ma colonne, vous désigner M. le lieutenant-colonel Deligny, qui non seulement a enfoncé la maison de Ben-Salem, mais s'est emparé du canon de la place; le capitaine du génie Brunon, blessé à l'assaut qu'il avait si bien pré-

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