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CHEZ LE CURÉ

même avec l'intérieur. Comme j'étais, cependant, le plus commode et le moins exigeant des hôtes, et aussi le plus tranquille, il s'adoucit, et un jour que devant lui le général, venu pour me voir, me reprochait ma discrétion, et me disait que j'étais bien bon de ne pas avoir pris toute la maison, le padre me donna la plus belle chambre de son presbytère.

Là, si je n'avais pas eu d'autres occupations et d'autres soucis, j'aurais pu dresser une monographie complète sur les mœurs du clergé mexicain. Je crois que je ne me serais pas trop avancé en prétendant que ses habitudes ne ressemblent guère à la manière de vivre de notre bon clergé français. Il y avait, dans la maison, je ne sais combien de femmes, des jeunes, des vieilles, des créoles, des Indiennes, et je n'ai jamais pu démêler bien exactement la nature de leurs fonctions. Le soir, j'entendais tout ce monde jacasser dans une chambre à côté de la mienne, et, de temps en temps, la voix de basse-taille du padre dominait dans la volière, carie brave homme ne dédaignait pas de se mêler à la conversation. Et je m'endormais en me remémorant une vieille histoire d'aumônier qu'on m'avait racontée.

Cet aumônier avait à son service deux gouvernantes, l'une de vingt-deux, l'autre de vingt-quatre ans. Et, comme son évêque lui faisait observer qu'il aurait dû se contenter d'une seule gouvernante ayant l'âge canonique :

— Eh, monseigneur, répondit-il, je suis dans la règle. Seulement ma servante est en deux volumes.

Ce n'étaient pas deux volumes, c'était une bibliothèque complète que possédait le bon padre de Cholula.

Nous n'étions pas retournés à Cholula pour nous y reposer. L'armée de secours du général Comonfort guettait une défaillance de l'assiégeant, pour jeter dans la place des vivres qui commençaient à y manquer, et l'armée française, dont tous les attelages transportaient

des obus, avait elle-même besoin de vivres. De là, notre double mission de surveillants et d'approvisionneurs. De là, des reconnaissances quotidiennes, pour chercher l'ennemi, et des explorations fréquentes dans les riches haciendas de la plaine de Puebla, pour chercher des vivres. L'administration avait fini par se procurer de grandes voitures mexicaines, des arabas, destinées à rapporter les grains et les fourrages; et nous passions nos journées à escorter ces véhicules.

Le 22 avril, à l'aube, les trois escadrons, deux bataillons de zouaves et une section d'artillerie de montagne filaient, sous les ordres du général de Mirandol, vers une hacienda nommée Chahuhac, située à cinq lieues de Cholula et bondée, disait-on, de blé et de maïs. On ne nous avait pas trompés. Les greniers de l'hacienda contenaient de quoi nourrir toute l'armée pendant un mois. On se mit à ensacher tout ce grain. Mais la besogne allait lentement, parce que très peu d'hommes pouvaient travailler à la fois dans les greniers, et le général, qui ne se maintenait à cheval qu'à force d'énergie, eut peur d'être cloué par la maladie et de ne pas pouvoir revenir à son campement le lendemain. Il préféra rentrer vers minuit, ne ramenant qu'un demiconvoi. Le commandant en chef se montra mécontent et prescrivit de recommencer l'expédition, le lendemain, avec l'artillerie et la cavalerie, mais en nous retirant un des deux bataillons de zouaves. Le général de Mirandol étant à plat de lit, je pris le commandement, et je partis, le 24 dans l'après-midi, conduisant, outre mes trois escadrons, le bataillon de zouaves du commandant de Briche et la section d'artillerie servie par des marins.

Les libéraux occupaient l'hacienda et avaient commencé à détruire les approvisionnements. Mon lieutenant-colonel Margueritte, qui me précédait, avec les escadrons, les en délogea; mais ils partirent, en nous

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