ATTAQUE D'UN COUVENT
au lieu de renverser les murs du couvent, démolit simplement l'angle d'une maison d'où les Mexicains pouvaient tirer sur l'agresseur, au moment où il franchirait la rue.
A six heures du matin, le 25, l'artillerie ouvre son feu et abat les murs de clôture, mais sans réussir à endommager les défenses intérieures. Seuls, quelques barreaux de la grille sont tordus et faussés. A neuf heures, l'artillerie, ayant tiré son dernier coup, se tait. Les clairons sonnent la charge, et les zouaves se précipitent sur le couvent éventré. Ils enlèvent les premiers obstacles, arrachent les filets de corde, franchissent le parapet, descendent dans le fossé. Là, ils essayent d'ébranler la grille, qui résiste à tous leurs efforts, pendant que des trois étages du bâtiment situé derrière on les fusille. Ils cherchent alors à pénétrer, soit par la droite, soit par la gauche de cette grille maudite, et débouchent dans des pièces du rez-dechaussée dont toutes les issues ont été barricadées, et où ils reçoivent une grêle de balles lancées par des ennemis invisibles. Il faut battre en retraite, emportant les blessés et laissant de nombreux morts qui attestent le courage des survivants, laissant aussi dans le cœur des assiégés une admiration dont leur chef, le général Ortéga, envoya le témoignage au président Juarez.
Par une ironie singulière du sort, au moment où les clairons qui avaient sonné la charge sonnaient ia retraite, le général Forey recevait une lettre de l'Empereur, l'informant qu'il savait de source certaine, par le ministre des États-Unis, que nous ne rencontrerions de défense sérieuse ni à Puebla ni à Mexico ! La désillusion dut être grande à Paris, lorsque, en réponse à cette lettre, arrivèrent les rapports du général en chef qui montraient que la défense était au moins aussi énergique que l'attaque. Et nous aurions bien voulu
savoir quelles impressions allaient produire ces rapports, en haut lieu.
Nous nous disions : A Paris, ils ne vont rien comprendre à ce que nous faisons ici. Jamais ils ne s'expliqueront que nous ne puissions pas venir à bout de ces Mexicains, et les camarades doivent être en train de nous prendre pour des mazettes.
Et cependant on faisait ce qu'on pouvait, on ne se ménageait pas ; mais outre nos lenteurs passées qui avaient permis à Juarez de se pourvoir, nous connaissions, vaguement au moins, d'autres causes morales de cette extraordinaire ténacité. D'abord, de tout temps, Puebla a passé pour la capitale réactionnaire et cléricale du Mexique; on l'appelait « Puebla de los Angelos », et jusque-là elle n'avait pas volé son nom. Il s'ensuivait que le gouvernement libéral avait un double intérêt à prolonger la résistance : il montrait que le parti dissident était contraint de lutter avec lui contre l'envahisseur, et puis il ruinait de fond en comble la citadelle de ses adversaires politiques, pour la punir d'une longue opposition.
Ensuite, de tous les coins du monde les aventuriers s'étaient envolés vers Puebla, attirés, les uns par l'amour maladif des crises, les autres par la cupidité, par la chance de faire un coup, au milieu d'une ville bouleversée; d'autres, enfin, par leur haine contre l'Empire ou contre la France. Tous ces étrangers se tenaient scrupuleusement éloignés des endroits où l'on échangeait les coups de fusil. Mais ils surexcitaient, par leur présence et leurs discours, chez les officiers mexicains, la volonté de ne se rendre qu'à la dernière extrémité. Enfin, il n'était pas jusqu'à nos discordes politiques qui ne vinssent allonger le siège. J'ai déjà parlé de l'opposition faite par les fameux Cinq de la Chambre des députés à l'expédition du Mexique. Le discours que prononça Jules Favre à cette occasion,