COMBAT D'AVANT-GARDE
tout récemment nommé, le commandant de Foucauld, qui brûlait d'illustrer par une action d'éclat son quatrième galon. Dès qu'il vit apparaître les Mexicains, il n'y tint plus; sans ordre, à la tête de trois pelotons, 60 hommes seulement, il se jeta sur l'avant-garde, la chargea à fond, la mit en désordre et lui prit un drapeau. Il paya de sa vie ce coup de témérité folle qui nous ravissait une victoire, mais qui cependant priva Puebla des vivres impatiemment attendus ; car la colonne de Comonfort, voyant sa marche éventée, se retira précipitamment. L'étendard du Ier de chasseurs d'Afrique fut décoré en cette circonstance, et, en attendant la rentrée à la portion centrale des escadrons qui avaient conquis le drapeau mexicain, la croix de la Légion d'honneur fut suspendue au fanion du chef du détachement.
Cependant, la mission confiée au général Comonfort était trop importante pour qu'il l'abandonnât ainsi, après un premier insuccès .Les libéraux et nous-mêmes, nous croyions, faussement, du reste, que la chute de Puebla consacrerait à jamais l'écrasement du gouvernement national, et Comonfort, pressé par Juarez, voulait l'empêcher à tout prix. Le lendemain, 5 mai, il renouvela sa tentative infructueuse de la veille. Toute la matinée se passa en fausses démonstrations de sa part. Puis, à une heure de l'après-midi, il attaquait franchement les positions occupées par le général Marquez. Mais tout le monde, chez nous, était sous les armes. Deux batteries d'artillerie ouvraient le feu contre lui, et trois bataillons de zouaves, se jetant sur ses flancs, l'obligeaient encore à reculer. En même temps, les assiégés tentaient une diversion de l'autre côté de la place, en sortant avec de grandes masses contre les troupes qui assiégeaient le fort de Carmen. Ils étaient mis en déroute et laissaient derrière eux des morts, des blessés et deux pièces d'artillerie.
Le général Forey venait de recevoir au Cerro San- Juan les nouvelles de ces deux succès, lorsque le général Bazaine s'y rendit, pour lui proposer un nouvel acte de guerre. Comonfort était établi, avec environ dix mille fantassins, une vingtaine de pièces de canon et une assez nombreuse cavalerie, au village de San- Lorenzo, à dix kilomètres de nous, dans une position bien choisie, à cheval sur la rive de l'Atoyac, petite rivière très encaissée. Il s'y était retranché, couvert par des ouvrages de campagne, et s'y croyait en pleine sécurité. C'était de là qu'il s'agissait de le déloger. Le général Bazaine offrait de s'en charger, à condition que le commandant en chef voulût bien lui en fournir les moyens, et que le secret indispensable à la réussite de cette opération fût scrupuleusement gardé. Il eut toutes les peines du monde à vaincre les hésitations de son chef. Il y parvint cependant, après une longue discussion.
Le 7 mai, à deux heures de l'après-midi, je recevais à Cholula l'ordre d'aller me mettre avec mes trois escadrons, cantonnés dans cette ville, à la disposition du général Bazaine, pour une opération qui n'était pas indiquée, mais que des indiscrétions calculées me firent croire dirigée contre la ville de Tlascala, où je devais aller chercher de nouveaux approvisionnements. A six heures du soir, j'arrivais au camp du général où se tenaient déjà, prêts à marcher, un bataillon du 3e de zouaves, le bataillon de tirailleurs algériens, un bataillon du 51e de ligne, un bataillon du 8i', la batterie montée de la Garde et deux obusiers de montagne, servis par les canonniers marins. En tout, quatre bataillons d'infanterie, trois escadrons de cavalerie et huit pièces de canon. Les faisceaux étaient formés, les chevaux à côté de leurs pièces, et le général me fit dire que j'avais le temps de laisser reposer les hommes, car on ne partirait qu'à une heure du matin.