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COMBAT DE SAN-LORENZO

Comonfort fut surpris par la hardiesse et la rapidité de notre manœuvre. Il s'était imaginé que les choses se passeraient autrement ; que, par exemple, notre artillerie prendrait méthodiquement et traditionnellement position pour chercher à éteindre le feu de la sienne, et qu'elle attendrait, avant de se porter en avant, qu'elle eût obtenu ce résultat. Mais le général Bazaine, qui fit preuve, en cette circonstance, d'un réel talent militaire, s'était rendu compte du moral de son adversaire et avait conclu que l'audace et l'impétuosité de l'attaque vaudraient mieux que toutes les préparations et constitueraient la meilleure tactique à employer contre lui. Le succès le plus complet répondit à cet habile calcul. L'ennemi abandonna dans ses positions ses morts et ses blessés, nous laissant dans les mains, comme trophées de la victoire, 1,200 prisonniers, 3 drapeaux, 11 fanions et 8 belles pièces de canon, supérieurement attelées.

Le général Bazaine, acclamé par ses troupes, après cette brillante affaire, dont elles avaient pu comprendre le mécanisme et admirer la rapidité, devint, à partir de ce jour-là, le grand favori de l'armée. Le soldat, heureux et fier de se sentir commandé par un véritable homme de guerre, lui prodiguait les marques d'une confiance illimitée, aveugle. Mais, comme il arrive toujours, sa popularité était taillée aux dépens de celle qu'aurait pu obtenir le général en chef. On les comparait tous les deux. Et cette comparaison n'était pas à l'avantage du général Forey. Je l'ai déjà dit, notre commandant en chef, au dire de ses pairs eux-mêmes, était un excellent officier d'infanterie et ne le cédait à personne comme courage et comme énergie. Mais avec l'âge il s'était un peu alourdi et avait perdu de son activité physique. Il était resté trop longtemps à Orizaba, où, disait-on calomnieusement, le retenaient les charmes d'une belle pharmacienne. Les soldats ne se

gênaient pas pour lui reprocher ses lenteurs , ses indécisions, son apathie. Il avait fallu, prétendaient-ils, que Comonfort vînt nous insulter jusque dans notre camp pour que le général Forey se décidât à le punir de son audace. En outre, dans les rares circonstances où il apparaissait parmi eux, il se montrait rude, prompt à s'emporter, d'un abord décourageant. Il ne sortait de son Cerro de San-Juan que comme Jupiter de ses nuages, la foudre à la main, et il fallait être de son intimité pour apprécier des qualités d'esprit et de cœur que le public ne soupçonnait pas.

Quelle différence avec le général Bazaine! De jour, de nuit, dans la tranchée, au bivouac, on le voyait perpétuellement circuler sans faste, sans embarras, sans escorte, à pied, la canne à la main, l'air bonhomme, causant familièrement avec tout le monde, plaisantant avec le soldat, l'écoutant, lui expliquant ce qu'il avait à faire et comment il devait le faire, marchant, en somme, très habilement à son but, qui était de supplanter son chef. Ce chef, on le croyait jaloux de lui. On disait, un peu légèrement, que s'il lui avait donné les trois escadrons et les trois bataillons de plus qu'il demandait, le général Bazaine aurait certainement enveloppé et fait prisonnière l'armée de Comonfort tout entière, à San-Lorenzo. Ce qu'il y a de certain, c'est que. le général Forey refusa à son lieutenant la permission que ce dernier lui demandait de poursuivre, dans leur déroute, les Mexicains et de les empêcher de se rallier, dût-on, pour les atteindre, aller jusqu'à Mexico. Il lui prescrivit de rentrer et de reprendre sous Puebla la direction du siège des deux forts. Le général Bazaine dut s'incliner et revenir avec la majeure partie de ses troupes, laissant pourtant au général Neigre, posté à Santo-Domingo, en avant de San-Lorenzo, une colonne composée de mes deux fidèles escadrons de chasseurs d'Afrique, d'un bataillon et demi d'infanterie et de

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