AUX AVANT-POSTES
deux sections d'artillerie, une de la Garde et celle des canonniers marins. Le général Neigre revint bientôt lui-même sous Puebla, et je restai seul à la tête de la colonne.
J'aurais voulu que l'ennemi tentât quelque chose, et je déplorais qu'il fût trop démoralisé pour paraître devant nous. Il était vexant de penser qu'à Cholula, à six lieues en arrière de l'armée, nous étions perpétuellement en alerte et sous les armes, tandis que maintenant, aux avant-postes, nous jouissions d'une sécurité inaltérable. Enfin, je me consolais de mon inaction en lisant les ordres du jour dans lesquels le général Forey adressait force éloges à mes escadrons, et dans lesquels j'étais moi-même honorablement cité. Les récompenses avaient plu sur mes chasseurs, et bientôt le général Desvaux , qui méritait légitimement sa part de leur gloire et de nos succès, par la forte éducation militaire qu'il avait donnée au régiment, en Algérie, tenait à nous témoigner sa satisfaction par la flatteuse lettre autographe suivante :
« A Monsieur le colonel du Baratl, commandant le 2* régiment de chasseurs d'Afrique.
m Constantine, le 5 juillet 1863.
« Mon cher colonel,
« Je suis bien heureux d'avoir à vous envoyer les félicitations de la division de Constantine pour la série d'actions glorieuses accomplies par le 3e régiment de chasseurs d'Afrique. J'ai suivi avec un intérêt particulier les opérations de votre régiment; outre la part qu'elles apportaient au succès général de l'armée du Mexique, elles venaient éclairer les discussions engagées au sujet du rôle de la cavalerie. Vous avez prouvé, Dieu merci, que notre arme, entre des mains habiles
comme celles du général de Mirandol et les vôtres, sera toujours l'arme des résultats décisifs, surtout dans les terrains qui lui conviennent.
« Vos chasseurs ont été admirables d'entrain et de courage. J'avais l'espoir que vous sauriez tous vous faire remarquer, mais vous avez dépassé mes espérances. Sans doute, les circonstances vous ont été favorables ; mais vous étiez à la hauteur de ces circonstances, et vous avez su en tirer tout le parti possible. Vous avez recueilli les fruits de votre travail, de vos études, et ceux mêmes qui autrefoiscontestaient l'utilité de ces exercices qui donnent confiance, adresse, solidité au cavalier, doivent être revenus de leur erreur.
« M. le commandant de Tucé a conduit sa troupe à Atlixco d'une manière fort distinguée; faites-lui mon compliment.
« Soyez l'interprète de la division de Constantine et le mien en particulier , auprès de tous vos officiers, sous -officiers et soldats. Témoignez aux blessés la part que nous prenons à leurs souffrances. Laissez-moi vous serrer cordialement la main et comme chef et comme ami.
« Tout à vous.
« Le gênerai commandant la division de Constantine,
« Desvaux.
« Dites mes amitiés au général de Mirandol, au lieutenant-colonel Margueritte et au 12e de chasseurs. »
(Le général Desvaux avait été autrefois le lieutenant-colonel du 12e de chasseurs.)
Un autre remède contre l'ennui consistait à visiter les haciendas des environs de Santo-Domingo, qui regorgaient de ressources de toutes sortes, et à renvoyer chargées, au camp, les voitures que l'adminis-