RETOUR AU CAMP
tration nous expédiait vides et qui rentraient bondées et suivies par des troupeaux de bestiaux.
Le camp français était dans l'abondance, pendant que les malheureux assiégés de Puebla mouraient littéralement de faim. Quand les intendants jugèrent qu'ils étaient plus que largement pourvus, l'ennemi continuant à ne pas paraître, je dus ramener à l'armée mon infanterie et mon artillerie, en passant par le quartier général. Lorsque j'y parvins, le général Forey sortait de chez lui, avec un officier mexicain envoyé en parlementaire par la place, et qui prenait congé en se confondant en formules de politesse. Cela me parut d'un très bon augure. D'ailleurs, tout le monde savait que les défenseurs étaient aux abois. Tous les jours, il sortait de Puebla une quantité de pauvres diables qui désertaient et qui, pour manger du pain, semblaient trop heureux de changer de drapeau, en s'engageant immédiatement dans les troupes auxiliaires du général Marquez. Le commandant en chef me fit l'accueil le plus gracieux, et je repartis immédiatement, avec mes escadrons, pour Cholula, où nous attendait la plus enthousiaste des ovations. Toute la ville était pavoisée. Des arcs de triomphe de verdure étaient dressés dans les rues que nous devions traverser. Les cloches sonnaient à toute volée. La population, dans ses habits de fête, se pressait sur notre passage, tirant des boîtes et des pétards dans les jambes de nos chevaux , qui cabriolaient en désordre et augmentaient ainsi l'enthousiasme général. Il y eut procession solennelle, avec tous les cierges, toutes les lanternes, tous les saints et toutes les reliques qu'on put se procurer, et au Mexique, ces différents objets ne manquent guère. Le soir, il n'y avait pas une fenêtre qui n'eût ses lampions. Ce fut ensuite une retraite aux flambeaux, avec sérénade sur la grande place et devant le logis des principaux officiers. Mon <c padre » ne savait comment me témoi-
gner sa joie et son respect. Il voulait, cette nuit-là, me forcer tout uniment à coucher dans son propre lit. Ah ! la victoire assouplit joliment les caractères autour de soi ! Et pendant ce temps-là, à quelques kilomètres, Puebla agonisait !
Le 16, au matin, quarante pièces de canon avaient ouvert le feu contre les forts de Carmen et de Totimehuacan, dont elles avaient, en deux heures, fait taire l'artillerie et bouleversé les défenses.
A midi, le général Mendoza, chef d'état-major d'Ortega, était venu en parlementaire pour traiter de la reddition de la place. Le feu avait été aussitôt suspendu, quitte aie reprendre à une heure, puis à quatre heures, pour préparer l'assaut du lendemain matin. On ne parvenait pas à s'entendre, parce que le général Forey exigeait que V « arrogante Puebla » se rendît sans condition. Le général Mendoza rentra donc sans avoir rien conclu, mais après avoir obtenu que la réouverture du feu serait reportée au lendemain. Le gouverneur de Puebla employa ces dernières heures de répit à faire détruire tout ce qu'il put de son matériel. On scia les affûts, on noya les poudres et on brisa les fusils de toute la garnison, qui fut immédiatement licenciée.
Au lever du jour, les zouaves, qui étaient de garde auprès du fort de Loretto, virent venir à eux une foule desarmée. C'était une partie de la garnison qui désertait en masse. On croisa la baïonnette devant elle pour l'arrêter, et, après quelques minutes de confusion, on écoula ces pauvres gens sur les derrières de l'armée; on leur fixa un emplacement pour bivouaquer provisoirement. L'armée partagea avec eux les provisions qu'elle avait en abondance, et ils restèrent là, entourés d'un cordon de sentinelles., attendant qu'on décidât de leur sort.
A la même heure, le général Forey recevait un par-