‹ Mes souvenirsChapitre 219 sur 262 · EXCELLENCE · texte numérisé non relu

EXCELLENCE

« Le manque de munitions et de vivres ne me permettant pas de continuer la défense de la place, j'ai dissous l'armée qui servait sous mes ordres, et brisé son armement, y compris toute l'artillerie.

« La place est donc aux ordres de Votre Excellence, qui peut la faire occuper si elle le juge convenable, et prendre les précautions nécessaires afin d'éviter les malheurs qui seraient la conséquence d'une occupation de vive force, sans raison actuellement,

a Les généraux, officiers supérieurs et subalternes se trouvent au palais du Gouvernement et se rendent prisonniers de guerre.

« Je ne puis me défendre plus longtemps, sinon Votre Excellence ne doit pas mettre en doute que je l'eusse fait.

a Ortega. »

Au reçu de cette lettre, le général Forey fit occuper les forts abandonnés, et notamment ceux de Guadalupe et de Loretto qui commandaient la ville.

Ces belles lignes d'un chef vaincu passèrent sous les yeux du général Bazaine. Pourquoi, hélas ! en 1870, les avait-il oubliées? Pourquoi ne les copia-t-il point purement et simplement, pour les envoyer au prince Frédéric-Charles? Pourquoi le maréchal de France ne profita-t-il point de la leçon que lui avait donnée le général mexicain, en lui apprenant comment on accepte la défaite, après avoir fait tout son devoir, pour tâcher d'obtenir la victoire?

L'arrogante Puebla était prise. Sa chute faisait tomber entre nos mains 20 généraux, 303 officiers supé-

rieurs, 1,1 79 officiers subalternes et plus de 11,000 sousofficiers et soldats. Quel traitement devions-nous réserver à cette garnison vaincue ?

Cette question fut encore la cause de vives discussions entre le général en chef et le ministre de France, dont les relations en devinrent plus aigres, s'il était possible. M. Dubois de Saligny fit remarquer que les défenseurs de Puebla s'étaient rendus sans condition, qu'ils n'étaient protégés par aucune convention, qu'on en pouvait, par conséquent, faire ce qu'on voulait. Et il conclut en demandant qu'Ortega et ses officiers fussent déportés à Cayenne, tout au moins exportés à la Martinique.

— C'est vrai, répondit le général Forey, il n'y a pas de convention écrite; mais, à défaut de ma signature sur un papier, il y a les lois de l'honneur qui m'engagent encore plus. Il y a les traditions de la confraternité militaire auxquelles je ne faillirai pas. Par l'opiniâtreté de sa défense et la valeur que ses principaux chefs ont déployée, cette armée a pu exciter les colères des hommes politiques. Elle a forcé notre estime et notre considération, à nous autres, soldats. Et jamais je ne supporterai qu'on traite en malfaiteurs ces braves gens.

Plus radicaux encore que M. Dubois de Saligny, les généraux mexicains qui servaient les Français, le général Almonte, le vieux général Woll, qui, lui pourtant, était d'origine française, proposaient une mesure encore plus sommaire. Ils voulaient qu'Ortega et ses officiers fussent fusillés, purement et simplement. Le général Forey ne se donna même pas la peine de répondre à ces deux sauvages, qui, du reste, plusieurs années après, devaient trouver dans l'Indien Juarez un imitateur, et dans le drame de Queretaro la réalisation de l'infamie qu'ils avaient méditée sous Puebla.

Pour n'avoir plus à revenir sur la destinée de nos

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