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NOS PRISONNIERS

prisonniers, je dirai tout de suite que le commandant en chef la régla de la façon suivante. Il décida que tous les officiers seraient conduits en France, comme prisonniers de guerre. On choisit parmi les sous-officiers et soldats environ 5,ooohommes qui consentirent à être incorporés dans les troupes du général Marquez, nos auxiliaires, et les autres durent être employés aux travaux de terrassement du chemin de fer, dans les Terres-Chaudes .

La masse des prisonniers fut concentrée à Amozoc. Puis on la forma en colonne. On l'encadra entre plusieurs bataillons français et on la dirigea sur la Vera- Cruz. Pour empêcher tout ce monde de s'échapper en route, on avait pris une précaution assez singulière : on avait coupé les boutons de tous les pantalons ; de sorte que tous, aussi bien les généraux que les simples soldats, étaient obligés de tenir leurs culottes à deux mains en marchant, ce qui leur ôtait la possibilité de courir. Pourtant, quand on arriva au port d'embarquement, 13 généraux, 1 10 officiers supérieurs et 407 officiers subalternes seulement répondirent à l'appel. Les autres avaient pris la poudre d'escampette, et parmi eux, le général Ortega, qui avait suivi la colonne jusqu'à Orizaba et qui, là, avait réussi à disparaître. Il était dans son droit, ayant refusé de prendre aucune espèce d'engagement et n'étant point prisonnier sur parole.

M. Dubois de Saligny profita de cette fuite en masse pour déblatérer contre nos généraux, auxquels il ne pouvait pardonner le siège de Puebla, qui avait donné à ses pronostics optimistes un si éclatant démenti, et qu'il s'obstinait à représenter comme un fait de guerre inutile, provoqué par le désir qu'avaient les chefs de l'armée de rédiger des bulletins retentissants. Seul, le général Bazaine trouvait grâce à ses yeux , parce que le madré compère s'abstenait de toute critique et

était parvenu à faire croire au ministre de France qu'il abondait dans ses vues.

Le 19 mai, l'armée française entrait solennellement dans Puebla au son de ses trompettes, clairons, tambours et musiques, enseignes déployées. Le général Forey, qui la précédait à la tête de son état-major, me parut surpris et — faut-il le dire? — consterné de l'aspect morne que présentait sa conquête. A la porte de Puebla, pas une autorité pour le recevoir, pas un officier, personne. Dans les rues, pas un curieux pour nous regarder; aux fenêtres, pas une femme pour nous sourire. Nous entrions dans une ville morte. Nous traversions des quartiers complètement bouleversés, non point par nos projectiles, qui n'en avaient atteint qu'une faible partie, mais par les travaux de défense et par les obstacles matériels accumulés partout, dans les rues barricadées, dans les maisons, dans les églises et les couvents. Nous marchions au milieu d'un abandon et d'un silence lugubres et saisissants, et nous arrivâmes ainsi jusqu'à la grande place centrale, magnifique esplanade entourée sur trois côtés de portiques.

En face de nous, la cathédrale, avec sa façade peuplée de statues blanches, ses portes de bois de cèdre revêtues d'ornements de bronze, ses deux hautes tours aux toits de briques verniessurmontésd'unelanterne qui porte elle-même un globe et une croix de marbre, sa coupole de faïence jaune et verte sur laquelle se dresse la statue de sa patronne, Notre-Dame de Guadalupe. Les trente cloches qui garnissent l'une des tours et dont quelques-unes sont colossales, étaient muettes, comme la ville elle-même. Mais son intérieur resplendissait d'argent et d'or, avec ses grands lustres d'argent aux bobèches d'or, dont le principal pèse, dit-on, cent quarante-quatre kilos, avec ses urnes d'où s'élancent des fleurs artificielles d'orfèvrerie, avec, dans le lointain, son autel qui supporte des chandeliers d'argent

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