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ENTRÉE A PUEBLA

massif de trois mètres de haut. C'était un éblouissement au milieu de la désolation.

L'armée s'installa dans Puebla. En rendant la place, le général Ortega avait écrit qu'il cédait à l'épuisement de ses vivres et de ses munitions. Pour les vivres, le général disait vrai. Mais, pour les munitions, c'était une autre affaire. J'ai déjà dit que nous avions amené devant Puebla 56 bouches à feu. Nous apportions avec nous, et nous reçûmes par nos convois d'approvisionnement, pendant les deux mois que dura le siège, 24,342 projectiles. Du 17 mars au 17 mai, nous en envoyâmes sur la place et sur les forts 10,430.

J'ai déjà dit aussi que les assiégés disposaient de 151 pièces de canon, et que la nuit du 17 au 18 mai avait été employée par eux à détruire tout ce qu'ils avaient pu de leur matériel, à faire sauter les magasins à poudre, à scier les affûts, à faire éclater les obus. Néanmoins, le capitaine d'artillerie, baron Berge, chargé de faire l'inventaire de nos prises, le 19 mai et les jours suivants, trouva encore 117 bouches à feu en état de tirer. Il trouva en même temps 17,000 charges de coups de canon, c'est-à-dire plus que nous n'en avions nous-mêmes dans nos caissons, le jour de l'investissement.

Evidemment, on aurait pu réduire la place par la famine, en instituant autour d'elle un blocus rigoureux, puisqu'elle n'épuisa pas contre nous son formidable armement. Mais l'honneur des armes exigeait davantage. Nous avions à prendre la revanche de notre échec du 5 mai de l'année précédente, et, en outre, il fallait bien un coup de force pour imposer la terreur aux libéraux que nous venions de combattre, et pour donner aux conservateurs que nous venions défendre de la confiance en notre force militaire.

Les deux mois que nous venions de passer devant Puebla avaient été marqués, dans les Terres-Chaudes,

par quelques incidents fâcheux, auxquels il fallait s'attendre et se résigner. D'abord, à la Vera-Cruz, la fièvre jaune avait fait son apparition avec une intensité et une précocité extraordinaires, décimant la garnison, laissant» les survivants tellement anémiés qu'ils ne pouvaient plus faire aucun service et n'épargnant que le bataillon des nègres abyssins qui, habitués aux chaleurs torrides de l'Afrique êquatoriaie , résistaient admirablement au fléau.

De plus , jusqu'au débarquement du corps de réserve de six mille hommes, qui arriva le Ier avril, notre ligne de communication avec la côte, amincie par la concentration générale de toutes nos forces autour de Puebla, fut souvent menacée, et les guérillas mexicaines tentèrent quelques coups de main heureux sur des convois insuffisamment protégés.

De toutes ces affaires, la plus terrible et la plus glorieuse eut pour date le iermai, pour héros une compagnie de la légion étrangère récemment débarquée, forte de trois officiers, de soixante-deux hommes, commandée par le capitaine Danjou, et pour théâtre Palo- Verde. Cette compagnie était partie deChiquitte avant le jour, pour aller au-devant d'un convoi de munitions et de trois millions en pièces d'argent qui montait de la Vera-Cruz sur Puebla. Arrivée à Palo-Verde, à sept heures du matin, elle y fut attaquée par mille hommes d'infanterie mexicaine et huit cents cavaliers, embusqués là pour surprendre le convoi. Le capitaine Danjou fit former le carré et réussit à se réfugier dans un bâtiment abandonné, que sa résistance allait rendre célèbre et qu'on appelait Cameron. Ces soixantecinq braves, cernés et enveloppés dans ce refuge, n'avaient aucun secours à attendre, et leur perte était certaine.

On les somme de mettre bas les armes. Ils répondent à coups de fusil et tiennent bon. Les heures

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