‹ Mes souvenirsChapitre 228 sur 262 · COQUETTERIE GUERRIÈRE · texte numérisé non relu

COQUETTERIE GUERRIÈRE

harnache de plumes et se fait un uniforme en rapport avec les moyens dont il dispose, en étendant sur sa peau des peintures variées. C'est comme pour la politesse. Rien n'est plus simple que d'obtenir du soldat les signes extérieurs du respect ; mais il faut lui montrer par son attitude qu'on apprécie son salut et qu'on y tient. Jamais, devant un soldat, je n'ai imité ceux de mes camarades qui touchaient distraitement du revers du doigt la visière de leur coiffure. Jamais je n'ai considéré le salut comme une corvée, mais toujours comme une fonction. Quand un soldat me saluait, je faisais un geste aussi réglementaire que le sien, en me tournant vers lui et en le regardant, pour bien lui faire voir que j'étais sensible à sa politesse et que je la lui rendais avec préméditation. On ne s'imagine pas quels égards on obtient des hommes en faisant attention à eux. Quand je croisais les miens, le salut devenait toute une affaire et un véritable contact d'homme à homme, entre eux et moi. Or, on peut poser cette règle que tout soldat qui se donne du mal pour être propre et qui salue ses chefs est un bon soldat. Et, comme il est facile d'obtenir la propreté et les égards, on peut conclure qu'il est facile de faire un bon soldat, surtout avec notre admirable race française.

Donc, le 7, à huit heures du matin, nous fîmes dans Mexico une entrée très pimpante, mais pas très solennelle cependant, car le général Bazaine avait formellement interdit toute manifestation de la part des autorités, voulant laisser tous les honneurs au général en chef, qui en était très friand et très jaloux. La population bordait les maisons et remplissait les rues. Nous trouvâmes néanmoins que les belles Mexicaines avaient trop observé la consigne donnée par le général. Elles avaient laissé les hommes seuls venir nous voir passer, et très peu d'entre elles étaient à leurs fenêtres. Elles réservaient toutes leurs grâces pour le commandant en chef.

Mes escadrons ne firent que traverser la ville, pour aller passer deux jours à l'hacienda del Ateja, une habitation ravissante située au milieu d'immenses jardins, et s'installer définitivement dans la délicieuse ville de Tacubaya, le Saint-Cloud de Mexico, où toute la haute société de la capitale possède de luxueuses villas.

Celle qui m'avait été assignée était une grande et belle maison appartenant à la famille Escandon. Les Escandon avaient émigré et habitaient Paris, où ils étaient à la tête de la colonie mexicaine conservatrice, et où ils avaient travaillé plus que personne à faire décider l'expédition. Ils se promettaient de notre intervention des avantages considérables, et franchement ils auraient contribué d'une façon bien légère à la réussite de la campagne, en mettant de bonne grâce leur maison inhabitée à la disposition d'un des officiers qui risquaient leur existence dans une expédition entreprise à leur bénéfice et pour servir leurs intérêts. Quand je me présentai avec mon billet de logement, délivré par la municipalité de Tacubaya, je trouvai porte close, et, comme personne ne répondait à mon appel, j'eus l'idée d'employer comme clef de serrure la hache de mes sapeurs. Au premier coup, je vis apparaître le vieil intendant classique. Il me présenta, en guise de sauvegarde, un billet signé par le général de Castagny, qui déclarait qu'il se réservait la maison de M. Escandon, pour le cas où il viendrait mettre son quartier général à Tacubaya. C'était évidemment là un billet de complaisance que M. Escandon avait surpris au général et dont j'aurais pu ne pas tenir compte, mais je ne voulus pas soulever de conflit, et j'allai me faire délivrer un autre billet de logement, en admirant le patriotisme de ces gens qui demandaient à la France son sang et son or, sans même vouloir offrir l'hospitalité à un de ses enfants. On m'assigna un très joli petit hôtel, en-

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