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TRANQUILLITÉ

d'argent : celle des Escandon, des Errazu, celle de M. Bastegui, dont le père, simple matelot à bord d'un bâtiment espagnol, avait déserté et trouvé un filon considérable. Ce qu'on ne citait pas, par exemple, c'étaient les noms de milliers de pauvres diables qui, moins heureux qu'eux, avaient trouvé au même endroit la misère et la mort, et les nombreuses sociétés qui y avaient fait faillite. On sait que les mines du Mexique ont fait la prospérité des fameuses mines de mercure d'Almaden, en Espagne, parce qu'on traite le minerai d'argent en l'amalgamant avec le mercure, après l'avoir broyé dans des moulins actionnés par des mules. Ces pauvres bêtes sont vite empoisonnées, et les propriétaires retirent de leurs cadavres assez de mercure pour s'indemniser de leur perte.

L'argent sort des établissements miniers en petites barres, et il est escorté par une force armée considérable jusqu'aux ports d'embarquement.

Le reste de l'été se passa très tranquillement pour moi. La saison des pluies avait interrompu toutes les opérations, et depuis la fin de juin, je passais mon temps à me soigner et à regarder tomber les averses, qui sont journalières et épouvantables, accompagnées de roulements de tonnerre à faire croire que le ciel va tomber sur la terre. Je n'étais pourtant pas complètement inactif. J'avais reçu de mon dépôt de Constantine tous les approvisionnements nécessaires et réclamés. J'en profitai pour remettre en parfait état hommes et chevaux. Et mes chasseurs, à qui j'avais inculqué mon goût pour la bonne tenue, se prêtaient à merveille à tous les soins que je leur donnais. Il y avait parmi eux des soldats réellement admirables, un entre autres dont je me souviens et qui, à Cholula, au plus fort de la mêlée, sabrant, pointant, frappant d'estoc et de taille, s'écriait dans son exaltation : « Je ne donnerais pas ma place pour cent mille francs ! » Ma grande dis-

traction était d'aller de temps en temps au paseo de l'Alameda, où ils faisaient à leur tour le service d'ordre, et je constatais avec joie qu'ils étaient toujours les mieux tenus de l'armée.

A part ces déplacements, en quelque sorte professionnels, je venais peu à Mexico, où cependant la vie était très agréable pour les officiers, reçus dans l'intimité par la société indigène et accablés d'invitations par la colonie étrangère, principalement les banquiers anglais et allemands, qui donnaient de grands dîners et de grands bals. Dans toutes ces soirées, on jouait d'une manière effrénée. Les Mexicains adorent le jeu, et dans les salons aussi bien que dans les tripots et les cabarets, tout le monde joue avec fureur au « monte ». Je ne sais pas en quoi il consiste. Je n'aime pas les cartes. Mais je sais qu'on y perd très bien et très vite son argent.

La maison la plus hospitalière, celle où tous ceux qui portaient l'uniforme étaient sûrs de trouver un accueil cordial, était celle d'un banquier anglais, M. Davidson, correspondant des Rothschild, je crois. M, Davidson n'était pas seulement un hôte très riche et très affable , c'était aussi un de ces hommes qui, par leur situation etleur intelligence, dominent en quelque sorte le mouvement humain et voient naître les événements. On n'allait pas chez lui seulement pour s'amuser et jouer gros jeu, on y allait aussi pour s'instruire et chercher des nouvelles, surtout en ce moment où commençaient les affaires de Pologne et où plusieurs d'entre nous craignaient d'être retenus au Mexique, alors que de grandes complications pouvaient surgir en Europe. Un jour , il nous dit : « On m'écrit de Paris que l'insurrection de Pologne est un feu de paille, qui s'éteindra de lui-même. Mais il y a une question des duchés du Sleswig-Holstein qui, elle, mettra le feu aux quatre coins de l'Europe. » Que de

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